Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a levé le voile sur les résultats détaillés du Recensement général de la population et de l’habitat 2024 (RGPH 2024), offrant un regard inédit sur la structure du monde rural marocain. Le pays compte désormais 33.189 douars, regroupés dans une base de données géospatiale permettant une lecture fine de la population rurale, de ses dynamiques et de ses conditions de vie. Cet outil d’analyse constitue une référence stratégique pour la planification du développement local et le suivi des politiques publiques.
Un territoire rural dense et contrasté
Le recensement révèle une forte diversité territoriale, reflet des réalités géographiques et sociales du Maroc rural. En moyenne, chaque commune compte 25,9 douars, mais cette proportion varie fortement selon les régions : Souss-Massa affiche la plus forte concentration avec 35,5 douars par commune, tandis que Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Ed-Dahab en comptent respectivement 1,9 et 3 douars seulement.
La typologie des douars confirme une prédominance des douars groupés, au nombre de 19.096, soit 57,5 % du total national. Les douars éclatés représentent 25,5 %, tandis que les douars dispersés constituent 16,9 % du paysage rural. Cette configuration se répercute sur la répartition de la population : 46,6 % des habitants vivent dans des douars groupés, 37,9 % dans des douars éclatés, et 15,5 % dans des douars dispersés.
13,5 millions d’habitants en milieu rural
Le monde rural marocain abrite 13,55 millions d’habitants, soit 37,2 % de la population totale, répartis dans 3,09 millions de ménages (33,4 % du total national). Les disparités régionales sont nettes : Drâa-Tafilalet (63,3 % de ruraux) et Marrakech-Safi (54,1 %) se distinguent par leur forte ruralité, alors que Casablanca-Settat (26,7 %) et Rabat-Salé-Kénitra (29,4 %) affichent une concentration urbaine prononcée.
Le recensement montre que la majorité des douars marocains restent de taille moyenne : 66,4 % comptent entre 30 et 500 ménages et concentrent près de 80 % de la population. À l’inverse, les grands douars (plus de 500 ménages) ne représentent que 1,7 % du total, mais regroupent plus de 16 % des habitants.
Vieillissement et mutations sociales
Le vieillissement du monde rural s’affirme comme une tendance structurelle. La part des jeunes de moins de 15 ans recule à 29,6 % (contre 31,4 % en 2014), tandis que celle des personnes âgées de 60 ans et plus grimpe à 13,2 %. Les douars à forte présence de jeunes restent nombreux (43,5 %), mais plus de la moitié des douars comptent déjà une proportion importante de personnes âgées, signe d’un basculement démographique progressif.
Féminisation et migration
Le rapport de masculinité s’établit à 103,3 hommes pour 100 femmes, traduisant une légère prédominance masculine. Cependant, 36,6 % des douars présentent un excédent de femmes, conséquence directe des migrations masculines vers les villes ou l’étranger. Ces douars féminisés regroupent un tiers de la population rurale, révélant des transformations sociales profondes et une adaptation progressive des structures familiales locales.
Modernisation du logement rural
Les résultats du recensement confirment une nette amélioration de l’habitat rural. Plus de 75 % des ménages vivent désormais dans un parc de logements réels, signe d’une modernisation tangible. Plus d’un tiers des douars (36,4 %) comptent au moins 75 % de logements en dur, contre seulement 29,7 % où cette proportion reste inférieure à 25 %. Ce progrès illustre l’impact des politiques publiques de développement rural et d’accès au logement décent.
Couverture quasi universelle de l’état civil
Autre avancée majeure : la généralisation de l’état civil. En 2024, 99,3 % des naissances rurales sont enregistrées, un taux supérieur ou égal à 90 % dans 99,4 % des douars de moyenne et grande taille. Cette performance, fruit d’efforts soutenus des autorités locales, répond à la cible 16.9 des Objectifs de Développement Durable (ODD), garantissant à chaque citoyen une identité légale, condition essentielle pour l’accès à la santé, à l’éducation et à la protection sociale.
Routes accessibles, services éloignés
Le paradoxe rural marocain persiste : les routes arrivent, mais les services essentiels restent lointains. Près de 75,7 % des douars sont desservis par une route goudronnée, couvrant 92 % de la population rurale, mais seuls 8,4 % des douars se trouvent à moins de 2 km d’un collège et 4,4 % d’un lycée. Côté santé, 35,6 % des douars seulement disposent d’un dispensaire à moins de 5 km. Cette inégale répartition freine l’accès des populations, notamment des femmes et des jeunes, aux services éducatifs et sanitaires.
Un diagnostic utile pour la planification territoriale
À travers cette base de données couvrant l’ensemble des 33.189 douars marocains, le RGPH 2024 offre une vision fine des réalités rurales. Il éclaire les disparités, mesure les progrès et oriente les décisions futures en matière de planification territoriale, de logement rural et de services sociaux. Les chiffres dévoilés par le HCP traduisent un monde rural en mutation : mieux connecté, mieux structuré, mais encore marqué par des écarts régionaux profonds.

