Pour la première fois, des moustiques ont été repérés en Islande, marquant un tournant inédit dans l’histoire naturelle de cette île nordique. Jusqu’ici épargnée par ces insectes, l’île a vu apparaître trois spécimens de l’espèce Culiseta annulata, capable de résister aux températures froides, selon les entomologistes. La découverte, qui a été confirmée par l’Institut des sciences naturelles d’Islande, a été initialement signalée par Björn Hjaltason, un passionné d’insectes, qui a capturé les trois individus grâce à un piège artisanal mêlant sucre et vin chaud.
Cette apparition constitue un véritable choc pour le pays. Jamais aucun moustique n’avait réussi à survivre dans cet environnement hostile. Les seuls insectes auparavant observés provenaient d’avions étrangers, mais aucun n’avait pu s’établir durablement. L’Islande, réputée pour ses hivers rigoureux, ses rafales fréquentes, ses cycles de gel et de dégel, et ses pluies intenses, ne présentait jusqu’ici aucun terrain favorable à ces insectes.
Les scientifiques pointent du doigt le réchauffement climatique comme facteur principal. La température moyenne en Islande a augmenté d’environ deux degrés Fahrenheit au cours des vingt dernières années, soit un rythme trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Ce phénomène modifie les cycles de gel et de dégel, réduit la fréquence des épisodes de froid extrême et allonge les périodes estivales, créant des conditions plus favorables à la survie et à la reproduction des moustiques. Selon l’entomologiste Matthías Alfreðsson, l’espèce Culiseta annulata pourrait à terme se réfugier dans des granges, caves ou autres bâtiments pour passer l’hiver.
Cette découverte n’est pas isolée dans le contexte mondial. L’arrivée de nouvelles espèces d’insectes dans des régions plus froides est un indicateur concret du dérèglement climatique. L’exemple du moustique tigre asiatique, qui se propage en Europe et transporte des virus comme la dengue ou le chikungunya, illustre les risques sanitaires liés à ces migrations. Bien que l’espèce récemment identifiée en Islande ne soit pas considérée comme un vecteur majeur de maladies, sa capacité à s’adapter aux hivers rigoureux pourrait favoriser son implantation durable, et, potentiellement, la transformation des zones humides islandaises en véritables foyers d’insectes.
Le biologiste Gisli Mar Gislason avait déjà anticipé l’arrivée possible des moustiques en Islande en 2016, soulignant que l’introduction de nouvelles espèces serait l’un des signes tangibles du réchauffement climatique. L’Islande, avec sa population d’environ 400 000 habitants, pourrait bientôt devoir composer avec un invité inattendu qui remet en question l’idée d’un pays exempt de ces insectes suceurs de sang.
La présence de ces moustiques en Islande illustre plus largement le déplacement progressif d’espèces vers des zones traditionnellement froides. Si trois individus ont été capturés pour l’instant, il est probable que d’autres soient déjà présents et qu’ils se multiplient dans les années à venir. Les scientifiques attendent le printemps prochain pour évaluer leur capacité à survivre et à s’implanter de façon pérenne dans le climat islandais.

