L’implantation croissante d’entreprises chinoises dans l’écosystème automobile marocain témoigne d’une recomposition géoéconomique majeure, qui dépasse largement le simple cadre industriel.
L’attractivité du Maroc dans l’industrie automobile repose d’abord sur sa position géographique stratégique. Situé à moins de quinze kilomètres de l’Europe via le détroit de Gibraltar, le royaume bénéficie d’un accès direct aux marchés européens tout en servant de plateforme d’exportation vers l’Afrique.
À cela s’ajoute un réseau d’accords commerciaux particulièrement avantageux. Le Maroc dispose notamment d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne, qui facilite l’exportation de produits industriels vers le marché européen sans droits de douane. Cette configuration constitue un atout stratégique pour les constructeurs chinois cherchant à contourner les tensions commerciales et les barrières tarifaires imposées par l’Europe sur les véhicules électriques.
Dans ce contexte, plusieurs groupes chinois voient dans le Maroc une porte d’entrée privilégiée vers l’Europe et l’Afrique, leur permettant de relocaliser une partie de leur production à proximité des marchés finaux.
L’essor d’un écosystème industriel autour des véhicules électriques
Au cours des dernières années, le Maroc a consolidé sa position de premier producteur automobile du continent africain, notamment grâce à la présence de groupes internationaux et à la montée en puissance de ses zones industrielles spécialisées.
Entre 2023 et 2025, le pays a capté près de 50 % des investissements automobiles chinois réalisés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, soit 23 projets sur 45 recensés par les analystes de Fitch Solutions.
Ces investissements concernent non seulement l’assemblage de véhicules électriques, mais aussi l’ensemble de la chaîne de valeur industrielle, incluant la production de batteries, la fabrication de composants électroniques ainsi que les infrastructures industrielles et logistiques.
L’un des projets les plus significatifs est l’investissement du groupe chinois Gotion High-Tech, qui prévoit la construction d’une usine de batteries au lithium au Maroc pour un montant pouvant atteindre 1,3 milliard d’euros.
L’un des facteurs déterminants de cette dynamique réside également dans les ressources naturelles du Maroc, notamment ses importantes réserves de phosphate. Ce minerai est essentiel à la fabrication des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), une technologie de plus en plus utilisée dans les véhicules électriques en raison de son coût réduit et de sa stabilité chimique.
La relocalisation industrielle permet ainsi non seulement d’accéder plus facilement aux marchés occidentaux, mais aussi de réduire les coûts logistiques et les risques géopolitiques liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Un levier de transformation économique pour le Maroc
Pour le Maroc, cette dynamique représente une opportunité majeure de transformation économique. Le secteur automobile est déjà devenu le premier secteur exportateur du pays, avec plus de 157 milliards de dirhams d’exportations en 2024.
L’essor de la mobilité électrique pourrait renforcer cette position en favorisant la montée en gamme de l’industrie nationale, la création d’emplois qualifiés et l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur technologiques mondiales.
L’objectif affiché par les autorités est d’atteindre une capacité de production d’un million de véhicules par an d’ici 2030, consolidant ainsi le statut du pays comme hub automobile majeur.


