Latifa Akharbach, présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) a mis en garde contre un déplacement profond du centre de gravité de l’information, passé des médias professionnels organisés vers des plateformes numériques privées à vocation lucrative, un basculement qui, selon elle, nourrit et amplifie la désinformation.
S’appuyant sur les résultats de l’Enquête nationale 2024 sur les indicateurs des technologies de l’information et de la communication, elle a rappelé que la télévision demeure la première source d’information pour 66,3 % des citoyens, devant les réseaux sociaux à 26 %, la presse électronique à 4,7 %, et très loin devant la presse écrite et la radio, limitées à 1 %, un paysage qui illustre la fragilisation progressive des circuits traditionnels de production de l’information.
La présidente de la HACA a également cité le Rapport 2025 du Reuters Institute sur l’actualité numérique, selon lequel 78 % des internautes marocains s’informent désormais via les plateformes digitales, avec une prédominance de YouTube et Facebook, utilisés respectivement par 49 % et 47 % des usagers, soulignant que cette évolution s’inscrit dans une tendance mondiale marquée par la montée en puissance des réseaux sociaux comme portes d’entrée de l’actualité, au prix d’une prolifération accrue des fausses informations.
Elle a, par ailleurs, attiré l’attention sur la mutation des pratiques de désinformation au Maroc, devenues plus complexes et plus diversifiées tant par les thématiques visées que par les sources, les méthodes et les objectifs, citant les épisodes de la pandémie de Covid-19, des élections de 2021 et du séisme d’Al Haouz, marqués par la circulation d’alertes fallacieuses, de théories complotistes, de rumeurs économiques et par le recyclage trompeur de faits divers.
Abordant la question de l’intégrité territoriale, la présidente de la HACA a dénoncé une véritable guerre informationnelle autour de la cause nationale, utilisée comme levier de pression et d’influence à l’échelle internationale, à travers la diffusion de statistiques falsifiées, de cartes manipulées, de positions attribuées abusivement à des États ou à des organisations internationales, ainsi que d’images et de vidéos truquées, portées par des récits sensationnalistes multilingues amplifiés par des comptes automatisés ou anonymes.
En conclusion, elle a insisté sur le fait que la lutte contre la désinformation et la reconquête de la confiance du public dans l’information passent nécessairement par une politique concertée, un encadrement effectif de l’espace numérique et une gouvernance globale et responsable des technologies d’intelligence artificielle.


