Prix des œufs au Maroc : les consommateurs ont constaté une baisse spectaculaire du prix des œufs de consommation dans certains points de vente. À Marrakech, un commerce situé dans le quartier Daoudiate a récemment proposé l’œuf à l’unité au prix de 45 centimes, un niveau qui n’avait plus été observé depuis plusieurs années. Cette diminution intervient après une longue période marquée par une forte hausse des prix, durant laquelle le coût d’un seul œuf avait dépassé 1,50 dirham, notamment au cours du dernier mois de Ramadan.
Cette évolution constitue une bonne nouvelle pour de nombreux ménages, en particulier ceux disposant de revenus modestes, confrontés depuis plusieurs mois à une hausse généralisée du coût de la vie. Après les augmentations successives enregistrées sur plusieurs produits alimentaires, cette baisse redonne l’espoir de voir certains produits de première nécessité redevenir plus accessibles.

Cependant, si les consommateurs accueillent favorablement cette diminution, la situation suscite une vive inquiétude chez les professionnels de la filière avicole. Selon plusieurs acteurs du secteur, le prix actuellement pratiqué ne permettrait plus de couvrir les coûts de production. Ils estiment que produire un œuf revient aujourd’hui à environ 90 centimes, soit le double du prix auquel il est vendu dans certains commerces.
Les professionnels expliquent cette chute des prix par plusieurs facteurs économiques qui se sont combinés au cours des dernières semaines. Le premier concerne un excédent important de l’offre sur le marché national. Après plusieurs périodes où les prix des œufs et de la volaille avaient fortement progressé, de nombreux producteurs ont choisi d’investir davantage dans leurs exploitations afin d’augmenter leur capacité de production.
Cette dynamique a entraîné une hausse significative des volumes produits. D’après les chiffres avancés par les professionnels, la production hebdomadaire de poussins est passée d’environ 10 millions d’unités l’année précédente à près de 12,5 millions cette année, soit une progression d’environ 20 %. Dans le même temps, la production de dindes est passée de 1,2 million de têtes par mois en 2024 à près de 1,8 million actuellement, représentant une croissance estimée à 50 % en une seule année.
Cette augmentation de la production s’est retrouvée confrontée à une baisse saisonnière de la consommation. Les professionnels expliquent que, comme chaque année durant la période de l’Aïd al-Adha, les habitudes alimentaires des ménages évoluent et les dépenses sont davantage orientées vers d’autres postes de consommation. Cette diminution de la demande a contribué à exercer une pression supplémentaire sur les prix.
Les acteurs du secteur évoquent également un autre élément ayant pesé sur le marché : la prolongation de la période salariale pour une partie des fonctionnaires, qui aurait réduit les capacités de consommation de nombreux ménages pendant plusieurs semaines.
À cela s’ajoute, selon les mêmes sources, le maintien de restrictions concernant l’exportation des œufs vers les marchés étrangers. Cette politique vise avant tout à garantir l’approvisionnement du marché national, mais elle contribue également à maintenir une offre importante à l’intérieur du pays, accentuant ainsi la baisse des prix.
Les producteurs soulignent par ailleurs que les coûts de production demeurent élevés malgré le recul observé sur les marchés internationaux des matières premières utilisées dans l’alimentation animale, notamment le soja et le maïs. Selon eux, cette stabilité des charges limite fortement les marges de manœuvre des exploitations, alors même que les prix de vente connaissent une baisse importante.
Face à cette situation, certains commentaires apparus sur les réseaux sociaux ont tenté d’établir un lien entre la baisse de la consommation des œufs et la popularité d’un régime alimentaire largement relayé sur Internet. Les professionnels interrogés rejettent toutefois cette explication et affirment que la diminution actuelle des prix résulte exclusivement de mécanismes économiques liés à la production, à l’offre et à la demande.
Pour les acteurs de la filière, les fluctuations observées ces derniers jours restent avant tout le reflet du fonctionnement normal du marché. Ils estiment que les évolutions futures dépendront principalement de la reprise de la consommation au cours des prochaines semaines, notamment avec l’arrivée de la saison estivale, traditionnellement marquée par une hausse de la demande en œufs et en viande de volaille.
La question demeure donc ouverte : cette baisse des prix des œufs au Maroc s’inscrira-t-elle dans la durée ou ne constitue-t-elle qu’un phénomène temporaire lié à des circonstances conjoncturelles ? Si les consommateurs espèrent voir ces tarifs rester à des niveaux abordables, les professionnels, eux, redoutent que la poursuite de cette tendance ne fragilise davantage un secteur qui affirme déjà traverser une période économiquement difficile.

