L’entreprise américaine Anthropic a annoncé le déploiement d’un ambitieux programme baptisé « Claude Corps », doté de 150 millions de dollars, destiné à accompagner les organisations à but non lucratif dans l’adoption de l’intelligence artificielle. L’initiative prévoit le recrutement de 1.000 jeunes professionnels qui seront intégrés pendant un an au sein de centaines d’associations afin de les aider à exploiter plus efficacement les outils d’IA dans leurs missions quotidiennes.
Inspiré du nom du chatbot Claude, développé par Anthropic, ce programme vise à réduire l’écart entre les avancées technologiques et les besoins du secteur associatif. Les participants, formés à l’utilisation des solutions d’intelligence artificielle de l’entreprise, seront déployés dans plus de 400 organisations partenaires à travers les États-Unis.
Selon Daniela Amodei, présidente d’Anthropic, cette initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont l’intelligence artificielle peut bénéficier à la société tout en limitant les risques liés à son développement. Le groupe entend évaluer les résultats de cette première année avant de décider d’une éventuelle extension du programme.
Au-delà du financement des boursiers, Anthropic prévoit d’accorder à chaque organisation hôte une subvention de 10.000 dollars ainsi que des crédits gratuits pour utiliser Claude. L’objectif affiché est de permettre aux structures associatives de moderniser leurs méthodes de travail, d’améliorer leur efficacité opérationnelle et d’explorer de nouveaux usages de l’IA dans des domaines tels que l’éducation, l’insertion professionnelle, la santé ou encore l’accompagnement social.
Cette démarche s’inscrit dans la culture particulière d’Anthropic, créée comme une entreprise à mission (« Public Benefit Corporation »). Ses fondateurs, dont Daniela et Dario Amodei, ont déjà annoncé leur intention de consacrer une large partie de leur patrimoine à des actions philanthropiques. L’entreprise affirme vouloir concilier croissance économique et impact sociétal, à un moment où le secteur de l’intelligence artificielle fait face à des interrogations croissantes sur ses conséquences économiques et sociales.
La société, aujourd’hui valorisée à plusieurs centaines de milliards de dollars et engagée dans un processus de préparation à une entrée en Bourse, continue parallèlement de défendre une approche prudente du développement de l’IA. Ces dernières semaines, elle a notamment alerté sur les risques liés aux systèmes d’intelligence artificielle avancés capables de s’auto-améliorer, plaidant pour davantage de coordination entre les acteurs du secteur.
Anthropic a également annoncé un autre engagement financier de 200 millions de dollars destiné à soutenir la recherche sur les conséquences économiques de l’automatisation et les transformations du marché du travail provoquées par l’essor de l’IA. L’entreprise estime que la compréhension de ces mutations est indispensable pour anticiper les besoins futurs des travailleurs et des organisations.
Pour mettre en œuvre Claude Corps, Anthropic s’est associée à CodePath, une organisation basée à San Francisco spécialisée dans l’accompagnement des étudiants issus de milieux modestes ou sous-représentés dans le secteur technologique. CodePath assurera la gestion opérationnelle du programme et la sélection des candidats.
Michael Ellison, directeur général de CodePath, considère cette initiative comme une réponse concrète aux défis de l’adoption de l’intelligence artificielle dans les organisations qui disposent de moyens limités. Selon lui, les associations, les établissements éducatifs et les administrations locales figurent parmi les structures qui ont le plus besoin d’un accompagnement humain pour intégrer efficacement ces nouvelles technologies.
Les candidatures resteront ouvertes jusqu’au 17 juillet. Les organisateurs insistent sur leur volonté de recruter des profils variés, sans exiger nécessairement de diplôme spécifique, afin de refléter la diversité de la population américaine.
Parmi les premières structures sélectionnées figure StriveTogether, dont les responsables espèrent utiliser l’expertise des futurs fellows pour harmoniser l’usage de l’intelligence artificielle au sein de leur réseau présent dans 27 États. L’organisation souligne toutefois que l’IA doit rester un outil au service des missions humaines et non se substituer aux relations de confiance et au travail de terrain.
Avec Claude Corps, Anthropic cherche ainsi à démontrer qu’une entreprise d’intelligence artificielle peut jouer un rôle actif dans l’accompagnement des transformations qu’elle contribue elle-même à accélérer. Reste à savoir si cette expérience parviendra à convaincre les observateurs qui réclament un encadrement public plus strict du secteur et des mécanismes de redistribution plus ambitieux face aux bouleversements annoncés par l’IA.

