Entretien avec Fayçal Bellatif, Directeur général d’Eurofins Food Assurance
Dans un contexte où les exigences des marchés internationaux en matière de qualité et de sécurité alimentaire ne cessent de se renforcer, les certifications IFS (International Featured Standards) occupent une place stratégique pour les industriels agroalimentaires marocains. À l’occasion d’une rencontre organisée entre les acteurs du secteur et les responsables de cette norme internationale, Fayçal Bellatif, Directeur général d’Eurofins Food Assurance, revient sur les enjeux de ces certifications, les défis auxquels font face les entreprises marocaines et les perspectives d’avenir du secteur.
Une certification devenue incontournable pour l’export
Si les certifications IFS reposent théoriquement sur une démarche volontaire, leur importance dépasse aujourd’hui largement ce cadre. Dans les faits, elles constituent un prérequis pour de nombreux industriels souhaitant commercialiser leurs produits sur les marchés européens.
« Sans cette certification, il devient extrêmement difficile, voire impossible, d’accéder aux grands réseaux de distribution de plusieurs pays européens », explique Fayçal Bellatif.
Les normes IFS permettent de démontrer la maîtrise des processus de sécurité alimentaire, de la production jusqu’à la mise sur le marché. Elles constituent ainsi un gage de confiance pour les distributeurs et les consommateurs.
Le coût, principal frein pour les industriels
L’obstacle majeur n’est pas tant le prix de la certification elle-même que les investissements nécessaires pour atteindre le niveau d’exigence requis.
Mise aux normes des infrastructures, équipements spécifiques, procédures de traçabilité, formation du personnel, contrôle qualité permanent : autant d’éléments qui représentent des coûts significatifs pour les entreprises.
Selon le responsable d’Eurofins Food Assurance, cette réalité pèse davantage sur les industriels marocains que sur leurs homologues européens, alors même que le coût de la certification reste similaire pour tous.
« Les exigences sont identiques, quel que soit le pays. C’est donc toute l’organisation industrielle qui doit être adaptée pour répondre aux standards internationaux », souligne-t-il.
Un tissu industriel marocain plus mature qu’on ne l’imagine
Contrairement à certaines idées reçues, Fayçal Bellatif estime que le Maroc dispose déjà d’une solide culture de la certification dans le secteur agroalimentaire.
De nombreuses entreprises exportatrices sont certifiées depuis plusieurs années et cumulent même plusieurs référentiels internationaux. Cette maturité leur permet aujourd’hui de répondre aux attentes des marchés les plus exigeants.
« Les compétences existent, la connaissance des normes est bien présente et les industriels marocains ont démontré leur capacité à atteindre les standards internationaux », affirme-t-il.
Le principal défi concerne désormais les entreprises tournées exclusivement vers le marché local, qui ne sont pas toujours soumises aux mêmes exigences de certification que les exportateurs.
Prévenir les crises avant qu’elles ne surviennent
Au-delà de l’accès aux marchés, les certifications IFS jouent un rôle essentiel dans la prévention des risques sanitaires.
Leur objectif n’est pas d’améliorer le goût d’un produit ni d’augmenter sa valeur commerciale directe, mais de garantir sa sécurité pour le consommateur.
« La certification apporte une assurance supplémentaire quant à l’intégrité du produit et permet surtout d’éviter les incidents sanitaires, les contaminations ou les crises alimentaires », rappelle le dirigeant.
Un avenir prometteur porté par la jeunesse marocaine
Fayçal Bellatif se montre particulièrement optimiste pour l’avenir du secteur au Maroc. Il souligne l’intérêt croissant des étudiants et des jeunes diplômés pour les métiers liés à la qualité, à l’audit et à la sécurité des aliments.
Cette dynamique a d’ailleurs conduit Eurofins Food Assurance à renforcer sa présence au Maroc et à recruter de nombreux profils issus des écoles d’ingénieurs et des établissements de formation vétérinaire du Royaume.
« Le Maroc dispose de talents, de compétences et de formations de qualité. Nous avons trouvé ici un véritable vivier de recrutement et nous souhaitons continuer à encourager les jeunes à rejoindre ces métiers », explique-t-il.
Pour le responsable, le développement de la culture qualité et de la sécurité alimentaire constitue désormais un levier essentiel pour renforcer la compétitivité de l’industrie agroalimentaire marocaine, tant sur le marché national qu’à l’international.

