Après plusieurs mois de hausse, le prix des œufs au Maroc connaît une nette détente. L’unité, qui dépassait encore récemment 1,50 dirham, se négocie désormais entre 0,60 et 0,90 dirham selon les circuits de distribution. Cette baisse rapide, perceptible sur les marchés de gros comme chez les détaillants, offre un répit aux ménages, dans un contexte où le coût des autres sources de protéines reste élevé.
À l’origine de ce recul, une augmentation significative de l’offre nationale. La filière avicole a retrouvé un rythme de production soutenu, atteignant en 2025 un volume record estimé à près de 7 milliards d’unités. Ce niveau inédit marque un redressement progressif après les perturbations liées à la pandémie de Covid-19 et aux tensions internationales qui ont affecté les chaînes d’approvisionnement et les coûts des intrants. Résultat : les marchés sont aujourd’hui bien approvisionnés, parfois au-delà de la demande immédiate, ce qui exerce une pression directe à la baisse sur les prix.
Cette évolution profite directement aux consommateurs. L’œuf reste un produit central dans l’alimentation des ménages marocains, notamment en raison de son accessibilité. Face à la cherté persistante de la viande rouge, du poisson et même de certaines volailles, il s’impose comme une alternative privilégiée. Cette tendance se reflète dans les habitudes de consommation : un Marocain consomme en moyenne 191 œufs par an en 2025, contre 171 l’année précédente, confirmant une progression continue.
Mais derrière cette accalmie des prix, les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme. À ces niveaux, le prix de vente se rapproche dangereusement, voire passe en dessous du coût de production. L’alimentation des volailles, largement dépendante de matières premières importées comme le maïs et le soja, pèse lourdement sur les charges. À cela s’ajoutent les coûts de l’énergie, du transport et les frais fixes, réduisant fortement les marges des éleveurs.
Ce déséquilibre pourrait avoir des répercussions à moyen terme. Si la situation perdure, certains producteurs pourraient être contraints de réduire leur activité, voire de se retirer du marché. Une telle contraction de l’offre entraînerait mécaniquement une nouvelle hausse des prix, relançant un cycle déjà bien connu dans la filière. Le marché des œufs reste ainsi soumis à des variations rapides, difficiles à stabiliser durablement.
La dépendance structurelle aux importations accentue cette fragilité. Les coûts de production demeurent étroitement liés aux fluctuations des marchés internationaux, aux variations des devises et aux conditions logistiques. Chaque perturbation extérieure peut se répercuter rapidement sur les prix locaux, amplifiant les cycles de hausse et de baisse.
À court terme, la baisse actuelle constitue un soulagement pour les ménages. Mais l’équilibre entre prix accessibles et viabilité économique des producteurs reste précaire. Avec l’approche de la saison des mariages et des événements familiaux, la demande pourrait repartir à la hausse, ravivant les tensions sur les prix. Le répit observé pourrait ainsi n’être que temporaire.


