Le procès opposant Elon Musk aux dirigeants de OpenAI entre dans une phase décisive. Depuis lundi, neuf jurés californiens délibèrent à Oakland, près de San Francisco, afin de rendre un avis consultatif sur les accusations portées par le patron de Tesla et SpaceX contre les créateurs de ChatGPT. Au cœur du dossier : la transformation d’OpenAI, initialement fondée comme organisation à but non lucratif, en géant commercial de l’intelligence artificielle valorisé à plusieurs centaines de milliards de dollars.
Même si le verdict du jury ne sera pas juridiquement contraignant, la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers a indiqué qu’elle suivrait probablement ses conclusions, notamment sur la question clé des délais légaux. Elon Musk, qui a lancé cette procédure en 2024, accuse Sam Altman et plusieurs dirigeants d’avoir détourné l’esprit originel d’OpenAI et utilisé les financements initiaux pour bâtir une entreprise tournée vers le profit.
Le milliardaire affirme avoir investi environ 38 millions de dollars dans le projet à ses débuts, avec la conviction que l’organisation développerait une intelligence artificielle accessible et bénéfique pour l’humanité. Selon lui, la création d’une structure commerciale en 2019 a rompu cet engagement fondateur. Il demande désormais que l’entreprise retrouve un statut strictement non lucratif, une décision qui remettrait en cause son introduction en Bourse et fragiliserait ses relations avec des investisseurs majeurs comme Microsoft, Amazon ou SoftBank.
Face aux jurés, Sam Altman a défendu la stratégie d’OpenAI, estimant qu’un développement massif de l’intelligence artificielle nécessitait des moyens financiers considérables. Le dirigeant a présenté Elon Musk comme un ancien partenaire désireux d’exercer un contrôle total sur l’entreprise au moment où la compétition mondiale autour de l’IA générative s’intensifie. Les échanges entre les deux hommes, autrefois alliés, ont rythmé trois semaines d’audiences particulièrement suivies dans la Silicon Valley.
Le procès a également mis en lumière les tensions internes qui ont accompagné la croissance fulgurante d’OpenAI. Plusieurs figures majeures du secteur technologique ont été appelées à témoigner, parmi lesquelles Greg Brockman, cofondateur de l’entreprise, Satya Nadella et l’ingénieur Ilya Sutskever. Courriels, messages privés et documents internes ont été analysés devant le tribunal afin de déterminer si les dirigeants avaient délibérément transformé une initiative philanthropique en machine à profits.
La défense d’OpenAI s’appuie notamment sur d’anciens échanges montrant qu’Elon Musk lui-même envisageait dès les premières années la création d’une structure commerciale parallèle. Les avocats de l’entreprise soutiennent que la mutation du modèle économique était devenue indispensable pour financer la recherche en intelligence artificielle et rivaliser avec des acteurs comme Google DeepMind, Anthropic ou encore xAI, la société d’IA fondée par Musk.
L’affaire dépasse largement le cadre d’un conflit personnel entre deux figures de la tech américaine. Elle pose la question du modèle économique des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle et de la frontière entre innovation technologique, intérêt public et rentabilité financière. Dix ans après sa création, OpenAI revendique plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT et une valorisation estimée à 850 milliards de dollars, symbole de l’explosion mondiale du secteur.
Avant même de statuer sur le fond, les jurés devront toutefois répondre à une interrogation déterminante : Elon Musk a-t-il engagé sa procédure dans les délais prévus par la loi américaine ? Si la réponse est négative, le procès pourrait s’arrêter sans qu’aucune décision ne soit prise sur les accusations elles-mêmes.


