À deux semaines du scrutin présidentiel du 12 octobre, le chef de l’État camerounais Paul Biya, 92 ans, a surpris l’opinion en dévoilant un clip électoral largement façonné à l’aide d’images générées par intelligence artificielle.
Diffusée samedi sur son compte X, la séquence d’une trentaine de secondes met en scène une voix mécanique qui vante « une nation unie et souveraine », tandis que s’alternent des vues aériennes du pays et des mises en scène artificielles de chantiers routiers, de familles en détresse ou encore d’opérations militaires. Ces tableaux numériques, parfois étranges ou incohérents, s’achèvent sur l’apparition d’un lion dans la savane, avant qu’un portrait souriant du président sortant ne vienne clore le message, accompagné du slogan « Grandeur et Espérance ».
Présidentielle 2025.
Grandeur et Espérance.
Le Septennat des Grandes Espérances. #Biya2025 #PaulBiya #Cameroun pic.twitter.com/DcJ7IPtu5H— President Paul BIYA (@PR_Paul_BIYA) September 26, 2025
Ce recours appuyé aux outils de génération visuelle vise à magnifier le bilan du plus ancien dirigeant en exercice du continent, au pouvoir depuis 43 ans et candidat à un huitième mandat. Mais cette communication technologique n’a pas empêché les critiques : certains y voient une tentative de masquer l’usure du pouvoir, d’autres un moyen de redonner une image moderne à un régime jugé figé.
La contestation ne se limite pas à l’opposition politique. Brenda Biya, fille unique du président, a publiquement appelé à voter contre son père, estimant qu’il fait « souffrir beaucoup de gens, y compris sa famille ». Sur le plan international, Human Rights Watch a exprimé ses doutes quant à l’intégrité du processus électoral, tandis qu’Amnesty International continue de dénoncer les violations des libertés fondamentales.
Malgré ces remous, les observateurs s’accordent à dire que la réélection du président reste hautement probable, dans un contexte où son principal rival, Maurice Kamto, a été écarté par le Conseil constitutionnel. La campagne s’annonce ainsi moins comme une véritable compétition démocratique que comme une démonstration de continuité du pouvoir en place.

