À Rabat, une mobilisation inédite de parents d’élèves des établissements français a marqué ce mardi 27 janvier. Face à l’annonce d’augmentations répétées et substantielles des frais de scolarité, les familles se sont rassemblées devant plusieurs écoles pour exprimer leur mécontentement et réclamer davantage de transparence. L’intervention de l’ambassadeur de France, jugée trop distante et purement diplomatique, n’a pas suffi à apaiser la tension croissante.
La contestation s’est déroulée dans le calme, les parents retardant symboliquement l’entrée des élèves à l’heure habituelle, afin de souligner l’urgence de la situation sans perturber durablement les cours. À leurs côtés, enseignants et membres du personnel ont soutenu l’action, signe d’une inquiétude partagée au sein de la communauté éducative.
Au cœur du mécontentement, la hausse programmée des frais de scolarité, assortie pour la première fois de frais d’inscription annuels, et la progression des charges financières supportées par les familles. Ces hausses interviennent dans un contexte de désengagement financier progressif de l’État français, transférant sur les parents le financement de personnels expatriés et détachés, ainsi que des coûts administratifs jugés éloignés du cœur pédagogique.
Le projet de reconstruction du collège Saint-Exupéry à Rabat cristallise particulièrement les tensions. Initialement prévu depuis plusieurs années, son budget a été réévalué à la hausse, alimenté par les augmentations successives des frais de scolarité. Entre-temps, les élèves ont été transférés vers un site provisoire critiqué pour ses conditions et son manque de visibilité sur les délais de réalisation. Pour de nombreuses familles, cette situation illustre un enseignement facturé au niveau du privé, sans gouvernance adaptée ni choix réellement ouverts.
Outre l’aspect financier, les parents dénoncent également des signaux pédagogiques préoccupants : classes surchargées, options supprimées, instabilité des équipes enseignantes et diminution progressive des effectifs, notamment dans le primaire. Certaines écoles ferment ou risquent de fermer, tandis que des filières structurantes disparaissent, fragilisant l’attractivité de l’enseignement français au Maroc.
Face à ce contexte, l’ambassadeur de France a tenté de rassurer, en soulignant que le gouvernement français ne laisserait pas les familles à leur sort. Ses propos, jugés « pédagogico-diplomatiques », n’ont toutefois pas convaincu les parents, qui réclament des mesures concrètes et une réelle concertation. Beaucoup s’interrogent désormais sur la nécessité de se faire entendre directement à Paris, devant l’Assemblée nationale ou le Quai d’Orsay, pour obtenir des réponses tangibles.
Alors que la campagne d’inscription pour la prochaine rentrée est en cours, cette mobilisation intervient à un moment stratégique pour le modèle de l’enseignement français à l’étranger. Pour les familles mobilisées, le statu quo n’est plus envisageable : la transparence sur l’utilisation des fonds, la stabilité pédagogique et la gestion des projets d’infrastructure sont désormais des priorités incontournables.

