Le Maroc et l’Égypte s’engagent dans une nouvelle phase de rapprochement diplomatique, marquée par la relance de leurs mécanismes de coopération et une volonté affirmée de coordination sur les dossiers régionaux et économiques. Cet élan a été confirmé par un entretien téléphonique tenu fin décembre entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue égyptien, Badr Abdelatty, scellant une dynamique bilatérale qui dépasse le simple échange protocolaire.
Au cœur des discussions figure la réactivation du Comité conjoint de coordination et de suivi, conçu comme un instrument central pour structurer, piloter et évaluer la coopération entre Rabat et Le Caire. Coprésidé par les chefs de gouvernement des deux pays, ce mécanisme doit permettre de donner de la continuité à une relation longtemps marquée par des initiatives ponctuelles. Pour les deux capitales, l’enjeu est clair : inscrire le partenariat maroco-égyptien dans la durée, avec des objectifs lisibles et des résultats concrets.
Cette séquence diplomatique s’inscrit dans un contexte de convergence politique assumée. Le Caire, à travers un récent rapport officiel sur les orientations de sa politique étrangère, met en avant des principes fondés sur le respect de la souveraineté des États, la préservation de leur unité territoriale et le rejet des ingérences. Une lecture largement partagée à Rabat, notamment sur des dossiers sensibles comme la Palestine, le Soudan ou la Libye, où les deux pays défendent la primauté des institutions nationales comme garantie de stabilité. Cette proximité doctrinale facilite la concertation et renforce la crédibilité d’une action arabe coordonnée.
Le rapprochement ne se limite toutefois pas au champ politique. Sur le plan économique, les signaux se multiplient. Quelques jours avant l’échange entre les chefs de la diplomatie, Rabat a accueilli une réunion ministérielle consacrée au commerce et à l’investissement. Les deux parties ont acté une série de mesures destinées à fluidifier les échanges, notamment la mise en place d’un canal direct pour résoudre les entraves commerciales et un mécanisme accéléré facilitant l’accès des produits marocains au marché égyptien. Le secteur automobile, devenu un pilier de l’industrie marocaine, figure parmi les axes prioritaires de cette coopération renforcée.
La dynamique est également portée par le secteur privé. Le 26 décembre, la Confédération générale des entreprises du Maroc et l’Egyptian Businessmen’s Association ont signé un protocole d’accord visant à encourager les investissements croisés, les projets conjoints et le partage d’informations économiques. Pour les opérateurs des deux pays, ce cadre offre une base opérationnelle susceptible de transformer la convergence politique en partenariats durables, ancrés dans l’économie réelle.
Au-delà des sphères institutionnelles et économiques, la relation maroco-égyptienne s’appuie aussi sur des liens humains et culturels profonds. Les échanges sportifs, la place du football dans l’imaginaire collectif et les événements continentaux organisés dans la région contribuent à nourrir une proximité entre les sociétés, souvent plus rapide et plus spontanée que les canaux diplomatiques. Cette dimension sociale renforce la solidité du partenariat, en lui donnant une assise populaire.
Les relations entre le Maroc et l’Égypte ne partent pas de zéro. Depuis le lancement du dialogue stratégique en 2014, les deux pays ont progressivement renforcé leur coordination, avec des échanges commerciaux qui ont atteint environ 1,3 milliard de dollars en 2024. La relance du comité conjoint, l’implication croissante des ministères sectoriels et l’entrée en scène des acteurs économiques privés traduisent aujourd’hui un changement d’échelle. Rabat et Le Caire semblent désormais engagés dans une stratégie de fond, visant à bâtir un partenariat équilibré et structuré, à la hauteur de leur poids politique dans le monde arabe et sur le continent africain.


