À Rabat, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) accueille depuis le 29 avril et jusqu’au 31 août 2026 une exposition rétrospective majeure consacrée à Mohamed Melehi. Intitulée « Œuvre en héritage », cette manifestation retrace près de sept décennies de création, des années 1950 jusqu’à la disparition de l’artiste en 2020, offrant au public un panorama structuré et dense de son parcours.
L’événement, inauguré en présence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, s’inscrit dans la stratégie de valorisation du patrimoine artistique portée par la Fondation nationale des musées. À travers une sélection d’œuvres emblématiques, enrichie d’archives et de documents rarement exposés, l’exposition propose une immersion dans l’univers singulier de l’un des pionniers de l’art moderne au Maroc.
Le parcours, pensé comme une traversée du temps et des territoires, articule une lecture à la fois chronologique et géographique de l’œuvre de Melehi. Des premières expérimentations aux compositions les plus abouties, le visiteur découvre l’évolution d’un langage plastique façonné entre le Maroc, l’Europe et les États-Unis. La scénographie, fluide et sans rupture, accompagne cette progression en mettant en relief les moments charnières d’une trajectoire artistique marquée par une recherche constante d’équilibre.
Au cœur de cette œuvre, l’abstraction géométrique s’impose comme un fil conducteur. Le motif ondulatoire, signature visuelle de l’artiste, traverse les décennies et incarne une réflexion sur le mouvement, la lumière et l’identité. Cette écriture plastique, immédiatement reconnaissable, dialogue avec les héritages culturels marocains tout en s’inscrivant dans une modernité ouverte sur le monde.
Au-delà de la dimension esthétique, l’exposition éclaire le rôle déterminant de Mohamed Melehi dans l’émergence d’une scène artistique moderne au Maroc, notamment à travers son engagement au sein de l’École de Casablanca. Enseignant influent, intellectuel engagé, il a contribué à repenser les fondements de l’enseignement artistique et à rapprocher l’art de l’espace public, en l’intégrant notamment à l’architecture et aux manifestations culturelles.
Les prises de parole lors de l’inauguration ont souligné l’importance de cet héritage. Aziz Akhannouch a salué un parcours exceptionnel et une œuvre qui continue d’inspirer, tandis que Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, a mis en avant la dynamique culturelle portée au niveau national. De son côté, Youssef Melehi a insisté sur la richesse d’un univers artistique où se conjuguent rigueur formelle et liberté créative.
En filigrane, cette rétrospective raconte aussi une période charnière de l’histoire culturelle marocaine, marquée par l’affirmation d’une modernité artistique entre les années 1960 et 1980. Elle donne à voir une génération d’artistes engagés dans une réflexion profonde sur l’identité, la transmission et l’ouverture.
Avec « Œuvre en héritage », le MMVI propose bien plus qu’une simple exposition : un regard rétrospectif sur une œuvre fondatrice et une invitation à redécouvrir l’une des figures majeures de la création marocaine contemporaine.


