À moins de trois semaines du premier tour des élections municipales, la décision était attendue. Elle est désormais actée. Rachida Dati a annoncé mercredi soir sa démission du ministère de la Culture afin de se consacrer entièrement à sa candidature à la mairie de Paris.
Candidate déclarée depuis plusieurs mois, elle entretenait jusqu’ici le flou sur son maintien rue de Valois, assumant une double casquette de ministre et de prétendante à l’Hôtel de Ville. Un cumul vivement critiqué par ses adversaires, qui dénonçaient un mélange des genres en pleine campagne.
Une décision officialisée en direct
C’est sur BFMTV que l’ancienne garde des Sceaux a confirmé avoir remis sa démission au président Emmanuel Macron. Dans un communiqué diffusé dans la soirée, elle a insisté sur sa détermination : Paris, affirme-t-elle, constitue « l’engagement d’une vie », promettant énergie et volontarisme pour « transformer la ville ».
L’Élysée a salué son action au gouvernement, soulignant le travail accompli au service des Français ces deux dernières années, tout en lui adressant ses encouragements pour la campagne.
Une campagne sous tension
À 60 ans, figure politique aguerrie, Rachida Dati faisait partie des rares ministres à avoir traversé sans encombre les remaniements successifs depuis janvier 2024. Sa trajectoire ministérielle n’a toutefois pas été exempte de turbulences : elle devra comparaître à l’automne dans une affaire judiciaire en cours.
Sur le terrain municipal, la bataille s’annonce serrée. Soutenue par Les Républicains et le MoDem, elle est créditée de 30 % des intentions de vote au premier tour du 15 mars, selon une enquête Ifop récente. Elle se situe derrière le socialiste Emmanuel Grégoire (32 %), candidat de la gauche unie hors LFI.
Les critiques n’ont pas tardé après l’annonce de sa démission. Emmanuel Grégoire a réagi d’un laconique « Enfin ». L’écologiste David Belliard a dénoncé un bilan « vide » au ministère de la Culture, tandis que Sophia Chikirou, candidate LFI, a ironisé sur sa disponibilité désormais accrue pour les débats télévisés.
Sécurité, propreté, logement : ses axes majeurs
La candidate de droite martèle ses priorités : doubler les effectifs de la police municipale pour atteindre 5.000 agents et les armer, réorienter la politique du logement social vers la rénovation plutôt que la construction par préemption, ou encore revenir à la semaine scolaire de quatre jours.
Sa campagne s’est également distinguée par une forte présence numérique et des opérations de terrain soigneusement mises en scène, notamment sur la question de la propreté urbaine.
Son camp insiste sur la nécessité d’un « vote utile » pour ravir la capitale à la gauche. Selon les projections, elle l’emporterait au second tour dans la majorité des scénarios testés, même si l’écart demeure étroit.
Un bilan culturel contesté
Au ministère, Rachida Dati met en avant la défense du patrimoine et le maintien de l’accès à la culture en milieu rural. Elle revendique avoir amorti les contraintes budgétaires, alors que les crédits de la Culture affichent cette année une baisse de 173,4 millions d’euros sur un total de 3,7 milliards (hors audiovisuel).
Ses détracteurs soulignent au contraire les coupes affectant la création, le gel partiel du pass Culture ou encore les tensions financières fragilisant le spectacle vivant subventionné.
Son passage rue de Valois restera également marqué par les difficultés rencontrées par le Musée du Louvre : vol de bijoux à forte résonance internationale, incidents techniques et grève perlée du personnel.
En quittant le gouvernement, Rachida Dati clarifie sa stratégie : faire de la conquête de Paris son unique priorité. Reste à savoir si cette décision tardive pèsera dans les urnes le 15 mars.

