Alors que la tension grimpe au Moyen-Orient, Emmanuel Macron prépare soigneusement le terrain diplomatique. À quelques jours d’une conférence internationale à New York, le président français laisse planer l’incertitude sur une éventuelle reconnaissance officielle de l’État palestinien par la France, une décision potentiellement historique qui agite déjà les chancelleries.
Vendredi, en clôture d’un forum de la société civile à Paris consacré à la solution à deux États, Emmanuel Macron a haussé le ton : « Le moment est décisif », a-t-il martelé, sans toutefois lever le voile sur ses intentions. Le chef de l’État pourrait s’exprimer davantage lors de la conférence internationale qu’il coprésidera avec l’Arabie Saoudite le 18 juin prochain à l’ONU.
L’aggravation des tensions régionales, notamment après les frappes israéliennes récentes en Iran, complexifie un peu plus le contexte diplomatique. Paris a d’ailleurs lancé un appel à la retenue pour éviter toute escalade susceptible de compromettre la stabilité régionale.
En avril dernier, au retour d’un déplacement en Égypte et aux portes de Gaza, Emmanuel Macron avait évoqué la possibilité pour la France de rejoindre la centaine de pays ayant déjà reconnu l’État palestinien. Mais depuis, le président souffle le chaud et le froid, multipliant les conditions préalables à une telle décision.
Parmi les exigences évoquées figurent la démilitarisation du Hamas, son exclusion de toute future gouvernance palestinienne, ainsi qu’une dynamique de reconnaissance réciproque incluant une normalisation progressive des relations entre certains États arabes et Israël. Des prérequis qui, à ce jour, restent loin d’être réunis.
Depuis février 2024, où il avait affirmé que la reconnaissance n’était « pas un tabou pour la France », Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’un geste utile plutôt que symbolique, se démarquant ainsi de démarches unilatérales comme celles de l’Irlande ou de l’Espagne.
Pour tenter de bâtir une convergence euro-arabe, la diplomatie française a multiplié les échanges, cherchant des points d’ancrage face à la poursuite des hostilités à Gaza, à l’intransigeance du gouvernement Netanyahu et aux plans controversés de Donald Trump, récemment revenu à la Maison Blanche.
Mais l’Europe reste divisée. L’Allemagne, notamment, considère qu’une reconnaissance immédiate enverrait « un mauvais signal ». Dans cet environnement incertain, Paris cherche au minimum à initier un nouveau cadre de discussions, avec des échéances claires et irréversibles, selon plusieurs sources diplomatiques.
Sur la scène internationale, Emmanuel Macron a également tenté de rallier des partenaires stratégiques. En mai, il a signé une déclaration commune avec les Premiers ministres britannique et canadien, Keir Starmer et Mark Carney, affichant leur détermination à reconnaître un État palestinien. Reste à savoir si ces engagements seront suivis d’actes concrets.
Au Caire, la France s’est rapprochée de l’Égypte et de la Jordanie, soutenant le plan arabe visant à contrer les ambitions israéliennes et américaines, espérant en retour obtenir un engagement des pays arabes pour favoriser la démilitarisation du Hamas.
Cette semaine, Emmanuel Macron a reçu du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas un engagement écrit inédit : la condamnation de l’attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas en Israël, ainsi qu’une volonté affichée de démilitarisation. Des « avancées concrètes » saluées par l’Élysée.
Pour Paris, il s’agit de démontrer à Israël et aux États-Unis que cette initiative ne vise pas à affaiblir l’État hébreu, mais bien à proposer une alternative crédible au statu quo actuel. Une émissaire française s’est d’ailleurs récemment rendue en Israël pour tenter de désamorcer les crispations. Pour l’heure, la diplomatie israélienne reste vent debout, accusant Emmanuel Macron de mener une « croisade contre l’État juif ».
Enfin, un autre acteur clé reste en suspens : le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, impliqué dans la conférence de New York. La France espère qu’il puisse, à cette occasion, esquisser un premier pas vers une reconnaissance future d’Israël, élément déterminant dans l’équilibre recherché.

