La réorganisation du Conseil national de la presse (CNP) a suscité un vif débat au sein de la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants. Lundi, les groupes parlementaires de la majorité et de l’opposition ont affiché des positions opposées sur le projet de loi n° 26.25, reflétant des visions divergentes quant à l’avenir de l’autorégulation et de l’indépendance du secteur médiatique au Maroc.
Pour la majorité, ce projet constitue une étape nécessaire afin de renforcer les mécanismes d’autorégulation dans la presse. Elle soutient que le texte offre au CNP des prérogatives élargies, indispensables pour encadrer la profession dans le respect des règles déontologiques, tout en garantissant la transparence et l’indépendance. Le groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI) a souligné que cette réforme intervient à un moment où la presse fait face à des défis importants, notamment économiques et professionnels. Selon lui, le projet législatif est crucial pour consolider les acquis, protéger les journalistes et assurer un cadre plus clair et plus solide à la profession. Par ailleurs, le Parti authenticité et modernité (PAM) a insisté sur le rôle central du texte pour combler les lacunes de la précédente loi de 2017, notamment en termes de transparence des élections au sein du Conseil. Pour eux, cette initiative garantit la continuité et la pérennité d’une institution clé à l’approche de futures échéances nationales. De même, les députés istiqlaliens ont salué la méthodologie participative qui a accompagné l’élaboration du projet, mettant en avant l’intégration des recommandations issues de consultations étendues avec les acteurs du secteur. Ils estiment que les nouvelles prérogatives attribuées au CNP permettront de surmonter les difficultés passées et d’accompagner la démocratisation du paysage médiatique marocain.
Toutefois, l’opposition a exprimé des réserves notables, pointant notamment un risque de remise en cause du pluralisme et de la liberté d’expression. Le groupe socialiste, tout en reconnaissant l’importance du projet, a mis en garde contre l’octroi d’un pouvoir disciplinaire au Conseil, jugeant cette mesure potentiellement problématique si elle n’est pas accompagnée de garanties solides pour préserver l’indépendance de la presse. Le groupe Haraki, quant à lui, a regretté un manque d’implication des professionnels et de la société civile dans la phase préparatoire du texte. Il a demandé au gouvernement davantage d’ouverture pour permettre des amendements qui feraient du CNP un levier réel au service des journalistes, tout en appelant à éviter toute précipitation. Le Groupe constitutionnel, démocratique et social, tout en appuyant la réorganisation, a insisté sur l’importance d’établir des mécanismes de gouvernance avancés pour assurer une meilleure représentation et un fonctionnement plus efficace du Conseil. Le groupe du Progrès et du socialisme a insisté sur la nécessité d’accorder aux journalistes des protections juridiques solides, notamment en matière de protection sociale et de contrats de travail, afin de garantir un exercice libre et sécurisé de la profession. De son côté, le groupe Justice et développement a pointé du doigt l’insuffisance des consultations, le risque d’un chevauchement entre le Conseil et la tutelle gouvernementale, et l’importance d’assurer l’indépendance financière et juridique du CNP.
Présent lors des échanges, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a rappelé les progrès réalisés par le Maroc en matière d’indépendance de la presse. Il a précisé que le projet vise à préserver cet acquis en dotant le Conseil des moyens nécessaires pour exercer ses missions dans le respect strict de la Constitution et des engagements internationaux. Le ministre a souligné que la démarche adoptée pour l’élaboration du texte a été largement participative, avec une formulation juridique issue des propositions recueillies auprès des différents acteurs. Il a insisté sur la volonté du ministère de renforcer la position du CNP comme instance démocratique clé, garantissant un cadre éthique et professionnel pour la presse marocaine.
Ce débat souligne à quel point la réorganisation du Conseil national de la presse est une question sensible, au cœur des enjeux de liberté, de transparence et de professionnalisation du secteur. Alors que le Maroc continue son chemin vers un paysage médiatique plus mature et indépendant, l’adoption de ce texte législatif s’annonce décisive pour définir les contours de cette évolution.

