Le Maroc franchit un seuil hydrique inédit depuis plusieurs années. Au 24 janvier 2026, le taux de remplissage global des barrages du Royaume a dépassé la barre symbolique des 50%, atteignant précisément 50,1%, selon les données officielles publiées par la plateforme Maadialna du ministère de l’équipement et de l’eau. Les réserves en eau stockées s’élèvent désormais à environ 8,4 milliards de mètres cubes, contre moins de 4,7 milliards à la même période en 2025, soit une progression de 79,2% en un an.
Cette amélioration notable est directement liée à la hausse des précipitations pluviales et neigeuses enregistrées ces derniers mois sur l’ensemble du territoire, mettant fin à une séquence prolongée de stress hydrique. Le niveau actuel n’avait plus été observé depuis le printemps 2021, offrant un répit bienvenu aux secteurs dépendants de l’eau, notamment l’agriculture et l’alimentation en eau potable.
La situation reste toutefois contrastée selon les bassins hydrauliques. Le nord du pays affiche les indicateurs les plus favorables. Le bassin du Loukkos dépasse les 65% de remplissage, avec plus de 1,2 milliard de mètres cubes stockés, plusieurs barrages ayant atteint leur pleine capacité, dont Oued El Makhazine et Chérif Al Idrissi. Le bassin du Sebou, pilier hydrique national, affiche près de 60% de remplissage, porté par des barrages majeurs comme Al Wahda, Allal El Fassi et Bouhouda.
Le bassin du Bouregreg se distingue par une situation exceptionnelle, avec un taux de 95,6%. Le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, principal réservoir d’eau potable pour Rabat-Salé et Casablanca-Settat, frôle la saturation à 99%. Le bassin du Tensift affiche également de bonnes performances, avec plus de 77% de remplissage, tandis que le Souss-Massa dépasse les 52%, un signal encourageant pour une région longtemps confrontée à une forte pression hydrique.
À l’inverse, certains bassins demeurent en difficulté. L’Oum Er-Rbia reste en situation déficitaire malgré une amélioration, avec un taux global de 26,3%. Le barrage Al Massira ne dépasse pas 11% de sa capacité, tandis que Bin El Ouidane atteint environ 31%. Des disparités similaires sont observées dans les bassins du Drâa-Oued Noun et de la Moulouya.
Globalement, ces chiffres traduisent une transformation qualitative de la situation hydrique nationale. Au-delà du franchissement des 50%, le remplissage total de plusieurs barrages renforce les réserves stratégiques du Royaume et améliore sa capacité de résilience face à la raréfaction de l’eau. Cette dynamique positive, si elle se confirme dans les semaines à venir selon les prévisions météorologiques, souligne néanmoins la nécessité de poursuivre les investissements dans les infrastructures hydrauliques et de consolider les politiques de gestion durable de cette ressource vitale.

