La montée des tensions économiques entre grandes puissances constitue désormais le risque le plus sérieux pour la stabilité mondiale en 2026. C’est le constat central du Global Risks Report 2026 publié par le Forum économique mondial, à quelques jours de l’ouverture de sa réunion annuelle à Davos. Sanctions, barrières tarifaires et fragmentation des échanges dominent les inquiétudes des décideurs interrogés, reléguant au second plan la désinformation, les risques climatiques immédiats et même les conflits armés entre États.
Selon cette 21ᵉ édition du rapport, fondée sur les réponses de plus de 1 300 dirigeants, experts, universitaires et responsables publics, 18 % des sondés considèrent la confrontation géoéconomique comme l’élément le plus susceptible de déclencher une crise mondiale dès cette année. Ce risque arrive également en tête en matière de gravité à court terme, enregistrant la progression la plus marquée par rapport à l’édition précédente.
Au-delà de ce classement, le document dresse le portrait d’un environnement international profondément instable. Près d’un répondant sur deux anticipe, à horizon de deux ans, un contexte « turbulent » ou « orageux », contre 36 % un an plus tôt. La projection à dix ans apparaît encore plus sombre : une large majorité évoque une instabilité durable, tandis que seuls 1 % des experts envisagent un climat mondial apaisé.
Cette montée des risques s’inscrit dans un contexte de rivalités stratégiques accrues et de remise en cause des règles du commerce international. Le rapport souligne que l’usage croissant d’outils économiques à des fins politiques fragilise les chaînes d’approvisionnement, accentue l’incertitude pour les entreprises et complique la coordination face aux chocs globaux. L’année écoulée, marquée par le durcissement de la politique commerciale américaine sous la présidence de Donald Trump, a servi de catalyseur à ces inquiétudes, avec des droits de douane élevés ayant pesé sur les marchés et les consommateurs à l’échelle mondiale.
Les conflits armés entre États figurent au deuxième rang des risques pour 2026, mais leur importance relative recule lorsqu’on élargit l’horizon à deux ans. À l’inverse, les menaces économiques progressent nettement. Le ralentissement de la croissance et l’inflation gagnent plusieurs places dans les projections, tandis que le spectre de bulles spéculatives et l’accumulation de dettes inquiètent de plus en plus. Pour le Forum, ces vulnérabilités pourraient alimenter une nouvelle phase de volatilité financière si les tensions géoéconomiques persistent.
The @wef Global Risks Report 2026 is notable less for what it warns about than for what it quietly concedes.
“Geoeconomic confrontation” is now the top short-term global risk, according to WEF. It isn’t climate, technology or debt. But that’s good, because the forum is no longer… pic.twitter.com/UBrtU15cOl
— Bachar EL-Halabi | بشار الحلبي (@Bacharelhalabi) January 14, 2026
Sur le terrain technologique, la désinformation et la mésinformation s’installent durablement parmi les principaux facteurs de risque, juste derrière la confrontation économique. L’insécurité cybernétique reste également très présente. Mais c’est surtout l’impact négatif potentiel de l’intelligence artificielle qui retient l’attention à long terme : en dix ans, ce risque passe du bas du classement au groupe de tête, reflet des craintes liées à l’emploi, à la cohésion sociale et à la sécurité.
Les fractures internes des sociétés ne sont pas en reste. La polarisation sociale figure parmi les menaces majeures à court et moyen terme, tandis que les inégalités sont identifiées, pour la deuxième année consécutive, comme le risque le plus interconnecté, capable d’amplifier d’autres crises, qu’elles soient économiques, politiques ou technologiques.
À court terme, les préoccupations environnementales reculent dans la hiérarchie, éclipsées par les urgences géopolitiques et économiques. Les événements météorologiques extrêmes restent néanmoins très présents, et, sur un horizon de dix ans, les risques climatiques dominent largement le classement. Trois quarts des experts interrogés anticipent une dégradation sévère des perspectives environnementales, un niveau de pessimisme inédit parmi l’ensemble des catégories analysées.
Pour Saadia Zahidi, directrice générale du Forum économique mondial, ce rapport joue un rôle d’alerte. Elle souligne que la multiplication des chocs, qu’ils soient géopolitiques, économiques, technologiques ou climatiques, réduit la capacité collective à y répondre. La coopération internationale apparaît, selon elle, comme le seul levier crédible pour contenir ces dynamiques, dans un monde de plus en plus multipolaire et fragmenté.
Cette édition marque aussi un tournant symbolique pour l’institution fondée en 1971 par Klaus Schwab, qui a quitté ses fonctions en 2025. Longtemps associée à la promotion d’un capitalisme mondialisé et coopératif, la « machine de Davos » se retrouve désormais face à une réalité plus dure, où la rivalité économique s’impose comme la ligne de fracture centrale des années à venir.

