Il aura fallu moins de temps qu’un battement de cils pour que ce Rubik’s Cube soit résolu. Plus précisément, 0,103 seconde. Ce chiffre vertigineux marque désormais un nouveau sommet dans l’univers des casse-têtes, grâce à un robot conçu par quatre étudiants en ingénierie de l’université Purdue, aux États-Unis. Leur invention, baptisée Purdubik’s Cube, vient d’entrer dans l’histoire en balayant l’ancien record mondial, officiellement validé par le Guinness Book.
La scène, filmée avec rigueur, ne laisse aucun doute sur la prouesse. À peine le bouton est-il enclenché que les six faces du cube s’alignent dans une harmonie parfaite, presque imperceptible à l’œil nu. Le précédent record, établi à 0,305 seconde par les ingénieurs de Mitsubishi Electric en mai 2024, est désormais relégué au second plan.
Le projet, mené par Junpei Ota, Aden Hurd, Matthew Patrohay et Alex Berta, s’inscrit dans une démarche universitaire, mais c’est bien un exploit mondial qu’ils viennent de signer. Conscients des limites imposées par les modèles classiques de Rubik’s Cube, les quatre ingénieurs ont conçu leur propre version du puzzle, renforcée pour supporter la vitesse et la force mécanique du robot.
Le cœur de cette machine miniature repose sur une combinaison d’intelligence artificielle, de vision par ordinateur et de précision industrielle. Des caméras ultra-rapides analysent la configuration du cube. Ensuite, un algorithme détermine l’enchaînement optimal de mouvements, immédiatement exécutés par des bras articulés d’une rapidité saisissante. À cette échelle, chaque dixième de seconde compte. Chaque geste est millimétré. Le tout repose sur des composants industriels de haute performance, notamment fournis par la société Kollmorgen, spécialiste en automatisation.
Le professeur Nak-seung Patrick Hyun, encadrant du projet à Purdue, insiste sur les perspectives ouvertes par cette réussite. « Ce n’est pas qu’un record sur un jouet emblématique. C’est une avancée vers des systèmes de contrôle ultra-coordonnés et à très haute fréquence, applicables bien au-delà du divertissement », explique-t-il. En effet, derrière cette performance technique se cachent des applications potentielles dans la robotique médicale, l’automatisation industrielle ou encore l’aéronautique.
Si les prouesses humaines dans ce domaine restent impressionnantes – Max Park ayant réussi à résoudre un Rubik’s Cube en 3,13 secondes en juin 2023 –, la vitesse atteinte par le Purdubik’s Cube semble presque irréelle. Une performance humaine, aussi rapide soit-elle, reste encore à des années-lumière d’une machine capable d’exécuter en un souffle ce qui demande, à l’homme, de précieuses secondes de concentration.
Quant à battre ce nouveau record, cela paraît difficile, voire impossible dans un avenir proche. Comme le soulignent plusieurs observateurs, à ce niveau d’exécution, la barrière n’est plus technologique mais matérielle. La résistance des pièces elles-mêmes devient la contrainte principale. Le Rubik’s Cube, dans sa version classique, n’est tout simplement pas conçu pour supporter de telles vitesses de manipulation.
Ce record, spectaculaire et symbolique, illustre une nouvelle étape dans la fusion entre ingéniosité humaine et performance robotique. Et il rappelle, une fois de plus, que la frontière entre le possible et l’inimaginable est souvent repoussée par les passionnés les plus audacieux.

