Le combat contre la corruption dans le secteur de la santé au Maroc a franchi une étape déterminante lors de l’atelier organisé à Rabat les 17 et 18 juin par l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC). Réunissant plus de soixante représentants de 24 institutions publiques et privées, ainsi que des acteurs de la société civile et des experts, cette rencontre a permis de mettre en lumière les failles et les risques pesant sur le système de santé. Elle a surtout débouché sur des recommandations précises, visant à renforcer la transparence, garantir l’intégrité et améliorer la gouvernance d’un secteur en pleine réforme.
Face aux défis majeurs liés à la généralisation de la couverture médicale à toutes les catégories sociales, ce rendez-vous s’inscrit dans un contexte de transformation profonde impulsée par la volonté royale d’assurer un accès équitable aux soins et de consolider la justice sanitaire. Le ministre de la Santé, Amine Tehraoui, a souligné que cette évolution structurelle ne saurait être efficace sans une refonte des pratiques, allant bien au-delà de la simple amélioration des infrastructures. Pour lui, il faut un changement radical des modes de gestion, une équité réelle entre les territoires et une rationalisation des dépenses publiques et privées.
Les recommandations issues des débats s’articulent autour de cinq axes majeurs. D’abord, la nécessité d’une révision urgente du cadre juridique et réglementaire. Il s’agit notamment d’instaurer une déclaration électronique obligatoire pour chaque intervention médicale, facilitant le contrôle des coûts et l’intégration avec les assurances. De même, le rapport entre cliniques privées et organismes assureurs doit être clarifié pour assurer une relation plus équilibrée et responsable.
Ensuite, l’accent est mis sur la probité dans l’ensemble de la chaîne de valeur, du médicament à la prestation des soins. La création d’un classement des cliniques privées basé sur la qualité et l’éthique, publié régulièrement, vise à stimuler une saine concurrence. Par ailleurs, la mise en place d’une plateforme numérique de traçabilité des médicaments permettra de suivre leur parcours du producteur au patient, réduisant ainsi les risques de fraude. La formation à l’éthique, dès les études initiales des professionnels de santé, est également recommandée pour ancrer cette culture d’intégrité.
La mobilisation de la société civile apparaît comme un levier incontournable. Sensibiliser les citoyens à leurs droits et à la probité dans les soins, tout en renforçant les capacités des associations pour détecter et signaler les dysfonctionnements, permettra de garantir une vigilance active.
Le recours aux technologies modernes, avec des plateformes de réclamations en ligne et l’utilisation d’outils d’analyse des données par intelligence artificielle, offre de nouvelles perspectives pour renforcer les contrôles et faciliter l’expression des usagers.
Enfin, une meilleure coordination nationale, rassemblant tous les acteurs autour d’un cadre commun, combinée à un renforcement des partenariats internationaux, permettra d’échanger les bonnes pratiques et d’organiser des forums réguliers pour maintenir la lutte contre la corruption au cœur des préoccupations.
Le ministre Amine Tehraoui a insisté sur l’importance d’établir une cartographie précise des risques afin d’adapter les dispositifs de prévention. Il a aussi mis en garde contre les dérives possibles du développement du secteur privé, insistant sur le strict respect des principes d’éthique, d’équité et de transparence.
Cet atelier marque une étape cruciale dans la construction d’un système de santé marocain plus juste, transparent et responsable, qui protège aussi bien les patients que les professionnels, dans un esprit d’amélioration continue.

