C’est une journée que les annales politiques retiendront. Sébastien Lecornu aura tenu à peine 14 heures à Matignon, un record absolu dans l’histoire politique française. Nommé Premier ministre le 9 septembre dernier, il a remis sa démission ce lundi 6 octobre, moins d’une journée après avoir dévoilé la composition de son gouvernement.
Selon un communiqué officiel de l’Élysée, Emmanuel Macron a accepté cette démission, plongeant la Ve République dans une situation aussi inédite qu’incertaine. Jamais un gouvernement français n’avait duré aussi peu de temps : 14 heures et 26 minutes, un record qui relègue celui d’Henri Queuille, resté deux jours au pouvoir en 1950 sous la IVe République, au rang de souvenir lointain.
Tout s’est joué en quelques heures. Dans la soirée du 5 octobre, la liste des ministres fraîchement nommés est publiée. Mais à peine la nuit tombée, les premières secousses politiques agitent les rangs de la droite. Le retour inattendu de Bruno Le Maire, allié historique d’Emmanuel Macron, et la faible représentation des Républicains dans la nouvelle équipe gouvernementale ont immédiatement déclenché la colère du camp conservateur.
Au cœur de la tourmente, Bruno Retailleau, reconduit à l’Intérieur, aurait exprimé son mécontentement avec virulence dimanche soir. Ce coup de colère aurait précipité la chute du gouvernement avant même la déclaration de politique générale, initialement prévue pour mardi à l’Assemblée nationale.
Le journaliste Étienne Baldit, de Libération, résume la situation avec une pointe d’ironie : « Le gouvernement Lecornu est désormais le plus éphémère de l’histoire de France ». Une ironie du sort pour celui qui devient le seul Premier ministre de la Ve République à n’avoir jamais foulé l’hémicycle en tant que chef du gouvernement.
Cette démission éclair intervient sur fond de crise politique majeure. À droite, les ponts semblent rompus entre Les Républicains et l’Élysée, malgré le projet de « socle commun » évoqué ces dernières semaines. À gauche, la tonalité n’est guère plus conciliante. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, affirme que « le compte à rebours est lancé pour Emmanuel Macron ».
De son côté, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, appelle à une dissolution de l’Assemblée nationale, estimant qu’« il ne peut y avoir de stabilité sans retour aux urnes ».

