La Chambre des représentants a adopté définitivement la loi 59.21 sur l’enseignement fondamental, marquant une étape majeure dans la refonte du système éducatif marocain. Avec 90 voix pour et 38 contre, ce texte structurant intervient après plusieurs mois de débats intenses et 228 amendements. Il vise à unifier le préscolaire et le primaire, encadrer plus strictement le secteur privé, et moderniser les contenus pédagogiques pour répondre aux besoins des élèves de 4 à 16 ans.
Cette loi transforme l’enseignement fondamental en obligation légale pour l’État. L’accès à l’école devient un droit universel, gratuit et équitable, et les standards pédagogiques doivent désormais être harmonisés sur l’ensemble du territoire national. L’article 5 précise que l’enseignement fondamental vise « le développement global de l’enfant sur les plans langagier, cognitif, psychomoteur, social et affectif », une première dans l’histoire législative marocaine.
En fusionnant préscolaire et primaire, la loi consacre une vision éducative continue. Le préscolaire, longtemps laissé à l’initiative privée ou associative, devient un pilier du système public, avec des objectifs précis pour le développement des compétences de base des enfants. Cette approche vise à réduire les inégalités dès les premières années et à assurer une transition harmonieuse vers le primaire.
Le texte clarifie également les statuts des établissements scolaires. Trois catégories sont désormais définies : public, privé et associatif/communautaire. Les établissements privés doivent obtenir une autorisation préalable et se conformer aux programmes nationaux, aux normes d’infrastructure, et à la publication transparente des frais et des résultats. Toute infraction expose les établissements à des sanctions financières importantes, pouvant atteindre 100.000 dirhams. Le texte encourage néanmoins le soutien aux structures privées à but non lucratif, notamment dans les zones défavorisées, via des subventions, exonérations fiscales et partenariats public-privé.
La réforme concerne également les curricula et méthodes pédagogiques. Les objectifs définis vont de l’éveil linguistique et psychomoteur en préscolaire à l’encouragement de la pensée critique et de l’autonomie au cycle fondamental. L’approche par compétences se substitue à la mémorisation, avec une évaluation formative et continue des acquis. L’enseignement intègre les technologies éducatives, la promotion de l’arabe et de l’amazigh, et le développement des compétences de vie. Les familles, les collectivités locales et la société civile sont reconnus comme partenaires éducatifs pour renforcer le pilotage territorial des politiques scolaires.
Sur le plan de la gouvernance et du financement, la loi s’inscrit dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement et de la régionalisation avancée. Les académies régionales, les autorités locales et le privé collaboreront pour garantir cohérence et qualité de l’offre éducative. Les financements publics et privés, les contrats-programmes et les contributions différenciées selon les barèmes sociaux doivent permettre la gratuité dans les établissements publics tout en accompagnant le développement du privé. La loi met aussi l’accent sur la recherche scientifique et les partenariats universitaires pour évaluer et soutenir la réforme.
Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, a souligné lors de la séance plénière que cette loi vise à créer une école « ouverte à chaque enfant du Royaume, fondée sur la primauté du capital humain, l’équité véritable et une égalité effective des chances ». Il a insisté sur la nécessité d’une mise en œuvre rigoureuse et continue, pour que ce texte dépasse le stade de simple déclaration et devienne un instrument concret de transformation sur le terrain.
Cette réforme historique pose des bases solides, mais sa réussite dépendra de la mobilisation des acteurs locaux, de la formation des enseignants, du financement effectif et de la volonté politique de suivre le processus sur le long terme. L’école marocaine se trouve désormais à un tournant, avec l’ambition de réduire durablement les fractures éducatives et de préparer les jeunes générations aux défis du XXIᵉ siècle.

