Un programme stratégique inédit, mobilisant des dizaines de milliards de dirhams, vient d’être lancé au Maroc avec pour ambition de sécuriser l’approvisionnement en eau et en électricité tout en accélérant la transition vers les énergies propres. Portée par un partenariat entre l’État marocain, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Nareva, Taqa Morocco et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), cette initiative vise une transformation en profondeur des infrastructures hydriques et énergétiques du Royaume, avec une échéance fixée à 2030.
Un consortium stratégique pour un chantier d’envergure
L’annonce a été rendue publique le 19 mai 2025. Trois protocoles d’accord ont été signés entre le gouvernement marocain, l’ONEE et un consortium maroco-émirati réunissant le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Nareva et Taqa Morocco. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre de la déclaration conjointe du 4 décembre 2023, entre le roi Mohammed VI et le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, appelant à une coopération renforcée dans les domaines stratégiques.
Ce plan national vise une sécurisation durable des ressources en eau et une montée en puissance rapide des capacités de production d’énergie, avec pour finalité d’assurer la souveraineté hydrique et énergétique du Maroc tout en soutenant son industrialisation verte.
Cinq axes majeurs pour répondre à une urgence stratégique
Le programme se décline autour de cinq chantiers structurants :
- Transfert interbassins de l’eau : création d’une infrastructure reliant l’Oued Sebou à l’Oued Oum Rabia, avec une capacité annuelle de 800 millions de m³ pour pallier le stress hydrique dans les zones les plus touchées.
- Dessalement d’eau de mer : installation de cinq stations de dessalement réparties sur l’ensemble du territoire (Oriental, Nord, Sud), pour une capacité combinée de 900 millions de m³ par an, alimentées à 100 % par des énergies renouvelables. Le coût visé ne dépassera pas 4,5 dirhams HT/m³.
- Transport d’électricité : mise en place d’une ligne haute tension HVDC de 1 400 kilomètres reliant Laâyoune au Grand Casablanca, avec une capacité de 3 000 MW, destinée à faciliter l’acheminement de l’électricité verte du sud vers le centre.
- Production d’énergies renouvelables : développement de 1 200 MW supplémentaires d’énergies vertes, notamment éoliennes et solaires, répartis sur des zones comme Boujdour et Dakhla.
- Centrales à gaz naturel : construction à Tahaddart de centrales thermiques à cycle combiné d’une capacité totale de 1 500 MW, pour renforcer la stabilité du réseau national.
Un impact direct sur l’emploi, l’industrie et les territoires
Outre son ambition énergétique, le programme a une forte portée économique et sociale. Il prévoit la création de 25 000 emplois, dont 10 000 permanents. Ces projets généreront également un impact territorial positif : ouverture de routes, électrification rurale, construction d’antennes relais et accès élargi à l’eau potable dessalée.
Le plan entend favoriser l’émergence d’un écosystème industriel marocain, en stimulant l’innovation, en créant des filières de formation spécialisées et en intégrant les PME locales. Il s’agit également d’une opportunité de transfert technologique, en particulier dans le dessalement vert, l’éolien et les infrastructures à haute efficacité énergétique.
Trois partenaires de poids engagés dans la transformation verte
- Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, bras financier stratégique du Royaume, vise à mobiliser jusqu’à 150 milliards de dirhams d’investissement pour relancer l’économie nationale à travers des projets structurants.
- Taqa Morocco, filiale de la société émiratie TAQA, fournit déjà 34 % de la demande nationale en électricité. Présente dans 25 pays, elle investit massivement dans l’électricité verte et le dessalement d’eau de mer.
- Nareva, acteur marocain majeur dans l’éolien et l’hydroélectricité, gère une capacité installée de 3 200 MW, avec un savoir-faire reconnu dans le dessalement durable et les centrales ultra-supercritiques. Le groupe mène également un projet d’envergure à Dakhla : la première station de dessalement au monde alimentée exclusivement par de l’énergie renouvelable.
Un Maroc résolument tourné vers l’avenir
Ce méga-programme est à la fois un levier de transition écologique, un moteur de développement socio-économique et un symbole de souveraineté stratégique. En moins de cinq ans, le Royaume entend non seulement répondre aux défis actuels de l’eau et de l’énergie, mais aussi se positionner comme une référence régionale en matière d’infrastructures durables et d’énergies propres.

