Le Maroc engage une nouvelle séquence dans sa politique de sécurité routière. Réuni mardi à Rabat, le Comité permanent de la sécurité routière (CPSR) a pris connaissance d’un projet d’étude structurant, conçu pour infléchir durablement la courbe de la mortalité routière à l’horizon 2030. Portée par le ministère du Transport et de la Logistique et l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), cette étude entend proposer des réponses concrètes à un fléau qui continue de coûter des milliers de vies chaque année sur les routes du Royaume.
Présidant les travaux, le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a rappelé que le document présenté s’appuie à la fois sur les statistiques les plus récentes des accidents de la circulation pour les années 2024 et 2025 et sur une analyse fine des réalités du terrain. L’ambition affichée est claire : réduire significativement le nombre de décès liés aux accidents de la route en mobilisant l’ensemble des acteurs concernés, des administrations centrales aux collectivités territoriales, en passant par les forces de l’ordre, les professionnels du transport et la société civile.
Le projet d’étude s’inscrit dans une démarche participative assumée. Selon le ministre, il ne s’agit pas d’un cadre théorique figé, mais d’un outil évolutif, nourri par les meilleures pratiques internationales et adapté aux spécificités marocaines. Des concertations régionales sont prévues afin de tenir compte des disparités locales en matière d’infrastructures, de comportements routiers et de flux de circulation, dans l’objectif de dégager des solutions opérationnelles et applicables sur le terrain.
Sur le fond, l’étude propose un ensemble de leviers d’action articulés autour de plusieurs axes structurants. Un volet législatif figure au cœur des recommandations, avec des pistes de révision de certaines dispositions du Code de la route, jugées aujourd’hui insuffisamment dissuasives ou inadaptées à l’évolution du trafic et des usages. À cela s’ajoutent des propositions visant la mobilisation de moyens logistiques renforcés, condition essentielle pour améliorer le contrôle, la prévention et l’intervention en cas d’accident.
Le directeur général de la NARSA, Benacer Boulaajoul, a pour sa part replacé cette étude dans une perspective plus large. Elle dresse d’abord le bilan de la première phase de la Stratégie nationale de sécurité routière (SNRS) 2017-2021, en mettant en lumière les avancées réalisées mais aussi les limites constatées. Elle sert ensuite de socle à l’actualisation de cette stratégie et à la préparation du nouveau plan d’action pour la période 2026-2030.
Les chiffres et indicateurs clés présentés lors de la réunion confirment l’ampleur des défis. Malgré les efforts consentis ces dernières années, les accidents de la route demeurent une cause majeure de mortalité et de traumatismes graves, avec un impact humain, social et économique considérable. Face à ce constat, les axes de la SNRS 2026-2030 misent notamment sur une meilleure gestion du système de sécurité routière, une prévention ciblée des comportements à risque et un renforcement des mécanismes de contrôle et de sanction.
L’étude insiste également sur la nécessité d’un changement durable des comportements des usagers de la route. Sensibilisation, éducation routière et responsabilisation individuelle sont identifiées comme des leviers incontournables, au même titre que l’amélioration des infrastructures et la modernisation des outils de gestion du trafic. Plusieurs champs d’intervention sont ainsi envisagés, allant de la formation des conducteurs à l’usage accru des technologies numériques pour le suivi et l’analyse des données accidentologiques.
Pour garantir une mise en œuvre effective de la future stratégie, la NARSA plaide enfin pour un saut qualitatif en matière de gouvernance. Le renforcement des ressources humaines, l’allocation d’un budget à la hauteur des enjeux, l’adaptation du cadre réglementaire et l’accélération de la digitalisation apparaissent comme des conditions déterminantes pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030.

