Travailler quatre jours par semaine n’est plus une idée marginale cantonnée aux start-up ou à des essais confidentiels. De l’Islande au Japon, en passant par le Royaume-Uni, l’Allemagne ou encore l’Afrique du Sud, onze pays ont déjà expérimenté, et pour beaucoup adopté, la semaine de travail de quatre jours. Les constats convergent. Le bien-être des salariés progresse, la productivité est préservée, parfois renforcée, et les entreprises gagnent en attractivité sur des marchés de l’emploi sous tension. Ce mouvement mondial, encore en phase d’ajustement, modifie progressivement le rapport au travail.
L’Islande, laboratoire grandeur nature
L’Islande fait figure de référence. Dès 2015, le pays nordique engage un test à grande échelle impliquant 2 500 salariés issus des secteurs public et privé. L’objectif est clair. Réduire la durée hebdomadaire à 35 ou 36 heures réparties sur quatre jours, sans baisse de salaire. L’État accompagne cette transformation en investissant dans les infrastructures numériques et en facilitant l’organisation du travail à distance.
Quatre ans plus tard, les résultats sont sans ambiguïté. La productivité ne recule pas, les performances progressent dans plusieurs services et la satisfaction des salariés augmente nettement. Aujourd’hui, près de 90 % des actifs islandais travaillent selon un modèle allégé, avec des niveaux de stress plus faibles et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. L’Islande demeure, à ce jour, le seul pays disposant d’un recul macroéconomique significatif sur ce modèle.
L’Europe avance à des rythmes différenciés
En Allemagne, la semaine de quatre jours a été testée en 2024 dans 45 entreprises de toutes tailles, sous un encadrement scientifique rigoureux. Sur six mois, la réduction moyenne du temps de travail a atteint 10 %, sans impact négatif sur le chiffre d’affaires. À l’issue de l’expérimentation, 73 % des dirigeants ont choisi de maintenir ce rythme, convaincus par les gains observés en santé mentale et en efficacité organisationnelle.
Le Royaume-Uni, confronté à des difficultés persistantes de recrutement, a mené dès 2022 le plus vaste pilote mondial, réunissant 61 entreprises et 3 000 salariés. Baisse de l’absentéisme, recul des démissions, stabilité de la productivité et nette diminution du burn-out ont marqué cette expérience. Aujourd’hui, plus de 200 entreprises britanniques fonctionnent sur un rythme de quatre jours par semaine.
La Belgique a opté pour une approche plus prudente. La semaine de quatre jours est inscrite dans la loi, mais sans réduction du volume horaire. Les salariés peuvent concentrer leurs heures sur quatre journées plus longues, sous réserve de l’accord de l’employeur. Cette flexibilité est saluée, mais le format reste peu attractif pour une partie des travailleurs en raison de la charge quotidienne accrue.
En Espagne et au Portugal, l’État joue un rôle central. Madrid soutient financièrement un pilote de trois ans impliquant 200 entreprises, tandis que Lisbonne a testé plusieurs formules, de 32 à 36 heures hebdomadaires. Les premiers retours font état d’effets positifs sur la créativité, la performance et la rentabilité des petites et moyennes entreprises.
Un modèle qui s’impose au-delà de l’Europe
En Océanie, la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont validé la semaine de quatre jours avec l’appui d’universités et de l’organisation 4 Day Week Global. Les absences pour maladie reculent, le risque d’épuisement professionnel diminue fortement et plus de la moitié des salariés estiment travailler plus efficacement. Des groupes internationaux comme Unilever confirment la compatibilité de ce modèle avec des structures de grande taille.
Aux États-Unis et en Irlande, les entreprises participantes ont enregistré une hausse de leur chiffre d’affaires durant la phase de test, tout en réduisant la fatigue et le temps de déplacement des salariés. En Afrique du Sud, premier pays en développement à franchir ce cap, neuf entreprises sur dix ont conservé la semaine de quatre jours après l’expérimentation, avec une productivité maintenue.
Le Japon avance avec pragmatisme. L’expérimentation menée par Microsoft Japon a mis en évidence un gain spectaculaire de productivité. Sans imposer ce modèle, le gouvernement encourage son adoption pour lutter contre le surmenage, soutenir la natalité et renforcer l’attractivité des entreprises. À Tokyo, la municipalité proposera dès 2025 la semaine de quatre jours à ses fonctionnaires.
Une dynamique mondiale aux enseignements communs
Malgré des contextes économiques, sociaux et culturels très contrastés, les enseignements se rejoignent. La réduction du temps de travail, lorsqu’elle est anticipée et accompagnée, ne pénalise ni la performance ni la rentabilité. Elle devient un levier d’attractivité, de fidélisation des talents et de modernisation de l’organisation du travail.
La France, qui a lancé en 2025 sa propre expérimentation nationale, observe attentivement ces expériences étrangères. À l’image du passage à la semaine de cinq jours au siècle dernier, la transition vers quatre jours pourrait s’inscrire dans un temps long. Mais partout, une certitude s’impose. Travailler moins, autrement, peut aussi signifier travailler mieux.

