Au cœur des débats du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à Rabat, la question du rapport aux écrans s’impose désormais comme un sujet de santé publique. Invitée à présenter son dernier ouvrage consacré au « sevrage numérique », Najat Vallaud-Belkacem a alerté sur les effets d’un usage excessif des outils numériques, dont les conséquences dépassent largement le cadre des pratiques individuelles.
Face au public, l’ancienne ministre française de l’Éducation a dressé un constat sans détour : la présence des écrans dans le quotidien ne cesse de s’intensifier, au point de concerner toutes les générations. Loin de se limiter aux jeunes, cette dépendance touche désormais les adultes et les personnes âgées, dans une forme d’habitude généralisée qui s’installe progressivement.
Selon elle, une part importante des utilisateurs passe plusieurs heures par jour à consulter des contenus souvent éphémères, sans réelle mémorisation. Une pratique qui, à ses yeux, s’apparente à une forme d’addiction, dans la mesure où elle échappe en partie au contrôle des individus. Sur l’ensemble d’une vie, le temps cumulé passé devant les écrans pourrait ainsi atteindre près de 27 ans, un chiffre qui interroge sur la normalisation de ces usages.
Au-delà des comportements individuels, Najat Vallaud-Belkacem pointe également la responsabilité des grandes plateformes numériques. Leur modèle économique, fondé sur la captation de l’attention, repose sur la collecte massive de données et la diffusion de contenus ciblés, conçus pour maximiser le temps passé en ligne.
Les conséquences, insiste-t-elle, sont déjà visibles, notamment sur la santé mentale. Troubles cognitifs, sentiment de mal-être, altération de l’image de soi : autant de signaux qui témoignent d’un impact croissant, en particulier chez les jeunes publics.
La réflexion s’étend également à l’empreinte environnementale du numérique. Derrière les usages quotidiens, se cache une infrastructure énergivore, mobilisant d’importantes ressources en électricité et en eau, tout en générant des volumes significatifs de déchets électroniques, souvent exportés vers les pays du Sud. L’intelligence artificielle, en plein essor, accentue encore cette pression, avec une consommation énergétique bien supérieure à celle des recherches traditionnelles.
Dans ce contexte, l’auteure appelle à une régulation plus structurée du secteur. L’objectif, précise-t-elle, n’est pas de rejeter le numérique, mais d’en reprendre le contrôle, en encadrant ses usages et en protégeant les utilisateurs.
Cette intervention s’inscrit dans une édition du SIEL marquée par une forte participation internationale, avec près de 900 exposants venus de plus de 60 pays. Un espace de réflexion où les enjeux culturels croisent désormais les grandes questions sociétales, à l’heure où le numérique redéfinit en profondeur nos modes de vie.

