Société Générale met un terme à son aventure en Mauritanie avec la cession totale de sa filiale Société Générale Mauritanie (SGM) à un consortium composé d’Enko Capital et d’Oronte. L’annonce officielle, faite ce lundi, marque la conclusion d’un processus entamé en janvier dernier et vient clore près de deux décennies de présence sur ce marché ouest-africain. Cette transaction s’inscrit dans la stratégie plus large de recentrage initiée par le groupe bancaire français depuis l’arrivée de Slawomir Krupa à sa tête en mai 2023, visant à concentrer ses efforts sur des marchés jugés plus rentables et à céder plusieurs implantations africaines, après des retraits déjà opérés au Maroc, au Congo, au Tchad et au Mozambique.
La filiale mauritanienne, ouverte en 2007, gérait jusqu’alors un réseau de 11 agences et servait environ 40 000 clients. En 2024, elle avait enregistré un produit net bancaire de 35 millions d’euros pour un bénéfice net de 9,9 millions. Les nouveaux acquéreurs ont affirmé leur volonté de renforcer le rôle de l’établissement dans le financement de l’économie nationale, en ciblant des secteurs considérés comme moteurs pour le pays, notamment les industries minières, le gaz, l’agriculture et les petites et moyennes entreprises. Cette orientation stratégique reflète une ambition claire : faire de SGM un acteur de référence au service du développement économique mauritanien.
Pour Enko Capital, société de gestion indépendante basée à Londres et spécialisée dans les investissements exclusivement africains avec plus d’un milliard de dollars d’actifs sous gestion, cette acquisition constitue une opportunité de consolider sa présence dans un marché en mutation. Oronte, véhicule d’investissement de l’homme d’affaires Eric-Bastien Ballouhey, partage cette vision d’un positionnement renforcé dans des secteurs stratégiques en pleine expansion dans le pays.
Le désengagement de Société Générale s’inscrit dans une tendance plus large observée parmi les grandes banques européennes sur le continent. Barclays a ainsi cédé en août 2024 sa participation restante de 7,4 % dans la banque sud-africaine Absa, tournant la page sur 90 ans de présence. Standard Chartered a également annoncé en avril dernier son retrait de cinq pays africains pour se concentrer sur des marchés à croissance plus rapide, tandis que BNP Paribas a entamé dès 2019 un repli d’Afrique subsaharienne en vendant progressivement ses filiales au Gabon, en Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et ailleurs.
En moins de vingt ans, le paysage bancaire africain a profondément évolué. Les places laissées par ces géants européens sont désormais occupées par des acteurs panafricains dynamiques, à l’image d’Attijariwafa Bank, de Bank of Africa ou encore de la Banque Centrale Populaire. Ce basculement illustre une recomposition des équilibres financiers, où l’expertise locale et la proximité avec les réalités économiques régionales semblent s’imposer comme des leviers majeurs de croissance.

