Le cinéma marocain s’invite à Strasbourg du 3 au 21 juin à travers une programmation dédiée à six œuvres marquantes du septième art national. Portée par la Cinémathèque de Tanger dans le cadre de la carte blanche « Fragments du Maroc », cette initiative met en lumière plusieurs générations de réalisateurs marocains et offre au public alsacien un panorama rare d’un cinéma souvent peu diffusé à l’international.
Organisée à l’invitation de la Cinématique numérique régionale Mémoire des images réanimées d’Alsace (RIMA), cette sélection réunit documentaires et films de fiction qui ont profondément marqué le paysage cinématographique marocain au cours des dernières décennies.
Parmi les temps forts de cette programmation figure la première projection en France de « Mirage », unique long-métrage du cinéaste, poète et écrivain Ahmed Bouanani, réalisé en 1979. Longtemps restée confidentielle hors du Maroc, cette œuvre occupe aujourd’hui une place singulière dans l’histoire du cinéma marocain pour sa portée artistique et son regard expérimental.
Le cycle proposera également la projection du documentaire « La Mère de Tous les Mensonges » d’Asmae El Moudir, sorti en 2023 et largement salué dans les festivals internationaux, ainsi que « Cinq Regards » de Karim Debbagh, prévu en 2025. Côté fiction, le public pourra redécouvrir « Casanegra » de Nour-Eddine Lakhmari, devenu au fil des années une référence incontournable du cinéma urbain marocain, mais aussi « Headbang Lullaby » de Hicham Lasri et « El Batalett » de Dalila Ennadre.
Pour Malika Chaghal et Amaal Meftouh Ezzeyani, respectivement vice-présidente et manager opérationnelle de la Cinémathèque de Tanger, ces films reflètent avant tout le lien profond qui unit certaines œuvres au public marocain. Elles évoquent des productions qui ont marqué leur époque, circulé par le bouche-à-oreille et construit leur notoriété au Maroc bien avant d’être reconnues à l’étranger.
Les organisatrices soulignent également le paradoxe d’un cinéma considéré comme essentiel dans son pays d’origine mais demeuré largement absent des circuits internationaux de distribution. À leurs yeux, cette programmation à Strasbourg représente autant une ouverture vers un nouveau public qu’une manière de partager le regard des spectateurs marocains sur leurs propres œuvres cultes.
Au-delà des projections, « Fragments du Maroc » s’inscrit aussi dans une démarche mémorielle. Le programme introduit en effet le projet « Que sont devenus les tirailleurs ? Alsace-Maroc : Images, mémoires et récits », consacré à la collecte, la numérisation et la valorisation d’archives privées entre Strasbourg et Tanger.
Cette initiative entend retracer les liens historiques entre l’Alsace et le Maroc à travers des histoires familiales, des trajectoires individuelles et des mémoires partagées entre les deux rives de la Méditerranée. Une manière d’ancrer cette programmation cinématographique dans une réflexion plus large sur les échanges culturels et humains qui unissent les deux territoires.


