Après plusieurs mois de procès, la chambre criminelle de première instance près la cour d’appel de Tanger a rendu son verdict dans une affaire qui a suscité une vive attention au Maroc.
Le tiktokeur connu sous le pseudonyme de « Moulinex », de son vrai prénom Younes, ainsi qu’Ibtissam, mère d’Adam Benchekroun, ont été condamnés chacun à six ans de prison ferme. La juridiction a également prononcé une amende d’un million de dirhams contre chacun des accusés, accompagnée d’une interdiction d’exercer toute activité sur les réseaux sociaux pendant dix ans, avec fermeture de leurs comptes.
Poursuivis pour exploitation d’un mineur et faits liés à la traite d’êtres humains, les deux prévenus ont été reconnus coupables au terme d’une procédure ouverte en janvier 2026. Les demandes de mise en liberté provisoire avaient été rejetées à plusieurs reprises durant l’instruction, en raison de la gravité des faits reprochés et de la sensibilité du dossier.
Dans le détail, les charges retenues contre « Moulinex » couvrent notamment l’exploitation sexuelle d’un mineur à travers la production et la diffusion de contenus à caractère pornographique, y compris via les réseaux sociaux, ainsi que la détention de tels contenus. D’autres infractions ont été retenues, dont l’atteinte à la pudeur, la diffusion d’allégations portant atteinte à la vie privée, ainsi que des faits de diffamation et d’injures publiques. Les faits s’inscrivent également dans un cadre qualifié de transnational par la justice.
Ibtissam, présentée comme « Oum Adam », a été reconnue coupable de participation à ces actes, avec des circonstances aggravantes liées à son statut de parent. Le tribunal lui reproche notamment d’avoir contribué à l’exploitation de son enfant, participé à la production et à la diffusion de contenus à caractère sexuel, et manqué à ses obligations de protection et de surveillance. Elle a également été condamnée pour des faits de diffamation, d’injures et de comportements contraires à la pudeur.
Au cœur de l’affaire, le témoignage d’Adam Benchekroun a pesé dans l’appréciation des faits. Considéré comme la principale victime, il a affirmé avoir été entraîné, alors qu’il était mineur, dans des environnements et des activités inappropriés, notamment lors de rencontres organisées dans des lieux privés. Il a également évoqué l’utilisation de son identité dans certaines opérations, des éléments contestés par la défense tout au long du procès.
La cour a reconnu Adam Benchekroun comme partie civile et a accordé une indemnisation de 100.000 dirhams au titre du préjudice subi. D’autres demandes ont été rejetées, soit pour irrecevabilité, soit faute d’éléments suffisants.
Cette affaire met en lumière les dérives liées à l’exploitation de mineurs dans des contextes numériques et relance les interrogations sur la protection des enfants face à certaines pratiques clandestines. Elle souligne également le rôle croissant des réseaux sociaux dans des dossiers judiciaires complexes, où les frontières entre vie privée, exposition publique et infractions pénales deviennent de plus en plus sensibles.


