Le Maroc compte désormais 380 230 entreprises actives, un niveau jamais atteint, mais cette progression masque des fragilités persistantes, en particulier chez les très petites structures. C’est l’un des principaux enseignements du dernier rapport annuel présenté à Casablanca par l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise, qui dresse un état des lieux précis de l’activité entrepreneuriale en 2024.
La hausse reste modérée : +1,3 % sur un an, portée presque exclusivement par la création de très petites et petites entreprises, qui constituent l’ossature du tissu productif national. Près de 96 000 nouvelles entités ont vu le jour au cours de l’année, dont 68 000 sociétés, en progression de 5,5 %. La majorité affiche un chiffre d’affaires inférieur à un million de dirhams, confirmant le poids dominant des structures de taille réduite.
Cette dynamique ne suffit toutefois pas à compenser l’accélération des cessations d’activité. Le nombre de fermetures a augmenté de 6 %, touchant en priorité les entreprises âgées de moins de cinq ans, plus exposées aux tensions de trésorerie, à l’accès limité au financement et aux chocs sectoriels. Lors de la présentation du rapport, la directrice exécutive de l’Observatoire, Amal Idrissi, a souligné la résilience globale du tissu entrepreneurial, tout en reconnaissant la persistance de déséquilibres structurels, territoriaux et sectoriels.
Sur le plan géographique, la concentration demeure marquée. Près des deux tiers des entreprises actives sont localisées le long de l’axe Tanger–El Jadida, confirmant le rôle moteur de ce corridor mais accentuant les écarts de développement avec d’autres régions du pays. Cette polarisation limite la diffusion des opportunités économiques et freine l’émergence de pôles régionaux alternatifs.
Les indicateurs économiques affichent une évolution globalement positive. Le chiffre d’affaires, la valeur ajoutée et les exportations progressent, de façon inégale selon les secteurs. L’industrie manufacturière conserve une place stratégique, notamment grâce aux performances de l’automobile et de la chimie à l’export, même si elle ne représente que 6,4 % du nombre total d’entreprises. Le commerce reste l’activité la plus répandue, suivi du bâtiment et des travaux publics, tandis que les services spécialisés poursuivent leur montée en puissance.
En matière d’emploi, les TPME demeurent les premiers pourvoyeurs de postes, mais la sous-représentation des femmes persiste, tant dans les effectifs que dans les fonctions de direction. L’accès au crédit bancaire s’est légèrement amélioré : les très petites entreprises ont capté environ 20 % des financements, les PME 21 %, contre près de 60 % pour les grandes entreprises, toujours largement dominantes.
Le rapport revient enfin sur les avancées du plan stratégique 2024-2026, marqué par un renforcement des outils de suivi, de collecte de données et d’analyse. Des progrès jugés nécessaires pour mieux cibler les politiques publiques, accompagner les jeunes entreprises et consolider un tissu entrepreneurial à la fois dynamique et durable.

