Le Maroc, l’Égypte et la Tunisie, les trois têtes d’affiche du tourisme africain, ont franchi ensemble la barre des 22 millions de visiteurs au premier semestre 2025. Une progression nette qui confirme la vitalité retrouvée du secteur, portée par la reprise mondiale, le retour massif des diasporas et une offre de plus en plus structurée. Mais derrière cette embellie régionale, des dynamiques contrastées émergent : le Maroc conforte son avance, l’Égypte monte en puissance, tandis que la Tunisie peine à suivre le rythme.
Maroc : une saison estivale record en ligne de mire
Avec 8,9 millions de touristes accueillis entre janvier et juin, le Maroc reste solidement ancré en tête des destinations du continent. Cette performance; en hausse de 19 % sur un an s’appuie sur un savant mélange : une connectivité aérienne renforcée, une stratégie de promotion offensive, l’explosion du low-cost et un engouement constant pour la diversité de l’offre (culture, désert, mer, montagnes…).
Les recettes touristiques, quant à elles, ont dépassé les 45 milliards de dirhams à fin mai. Si cette hausse (+8,5 %) reste inférieure à celle des arrivées, cela s’explique par une tendance marquée vers le tourisme « à petit budget » : forte présence des MRE, développement du low-cost, hébergements hors des circuits classiques.
La dépense moyenne par visiteur s’élève à 6.250 dirhams (environ 625 dollars), portée notamment par les circuits culturels, qui pèsent plus de la moitié des séjours.
Avec un mois de juin déjà record (1,7 million de visiteurs), et en ligne de mire l’accueil de la Coupe d’Afrique des Nations, le Maroc pourrait franchir la barre historique des 20 millions de touristes d’ici la fin de l’année.
Égypte : la montée en puissance se poursuit, portée par les grands projets
Juste derrière, l’Égypte maintient une belle cadence avec 8,7 millions de visiteurs (+24 %). Le pays récolte les fruits de sa politique de facilitation des visas (e-visa élargi à 74 nationalités), d’une promotion renforcée et d’une offre culturelle hors pair. Malgré un ralentissement temporaire en juin, lié aux tensions régionales, la destination continue de séduire les marchés européens et du Golfe.
Le grand pari de l’Égypte reste cependant à venir : l’ouverture tant attendue du Grand Musée égyptien, prévue pour la fin de l’année. Avec ses 100 000 pièces, dont le mythique trésor de Toutankhamon, cette infrastructure pharaonique pourrait faire basculer les chiffres dans une autre dimension. Objectif annoncé : 18 millions de touristes en 2025.
Tunisie : une croissance poussive malgré une base fidèle
Avec 4,3 millions de visiteurs (+11 %), la Tunisie est loin derrière ses deux voisins. Si les flux en provenance de Libye et d’Algérie restent solides, leur croissance ralentit (environ +7 %), pénalisant la performance globale. Le marché européen reste actif, attiré par les formules balnéaires « tout compris » à bas prix, mais génère peu de revenus.
Le modèle de tourisme de masse montre ses limites : les recettes atteignent à peine 1,04 milliard de dollars, avec une dépense moyenne par touriste plafonnée à 241 dollars — l’un des taux les plus faibles de la région.
Face à ce constat, les autorités tunisiennes s’efforcent de repositionner le pays sur une offre plus qualitative : tourisme culturel, écologique, haut de gamme… Des efforts soutenus par des partenariats aériens pour pallier les limites de TunisAir.
Avec un objectif de 11 millions de visiteurs pour 2025, la Tunisie devra capitaliser sur la haute saison et la diaspora pour redresser la barre.

