Alors que le secteur touristique national enregistre des performances sans précédent, une vague de contenus malveillants se propage sur les réseaux sociaux. Vidéos alarmantes, témoignages outranciers, récits montés de toutes pièces : tout un arsenal numérique cherche à écorner l’image du Maroc, en particulier auprès de ses ressortissants établis à l’étranger, qui constituent une part centrale de cette dynamique.
L’année 2024 a marqué un sommet historique avec 17,4 millions de visiteurs accueillis dans le Royaume, un chiffre jamais atteint auparavant. Cette croissance est notamment portée par les Marocains résidant à l’étranger (MRE), qui comptent pour près de la moitié des arrivées. La tendance s’est confirmée en 2025, avec 8,9 millions de visiteurs recensés au premier semestre, soit une hausse de 19 % par rapport à la même période l’an dernier.
L’opération Marhaba illustre cette affluence. D’après les données officielles arrêtées au 10 juillet, plus de 1,5 million de MRE avaient déjà franchi les frontières, traduisant une progression de 13,3 %. Le trafic de véhicules a également connu une augmentation, avec plus de 151 000 passages enregistrés. Côté espagnol, plus de 1,2 million de passagers ont traversé vers le Maroc depuis le 15 juin, confirmant une saison bien engagée.
Mais cette réalité est aujourd’hui concurrencée par une autre, virtuelle celle-là, où une campagne savamment orchestrée tente d’imposer un récit contraire. Depuis le mois de juin, à l’approche de l’été, les plateformes sociales ont vu proliférer des contenus à charge : vidéos accusatrices, plaintes relayées de manière virale, récits gonflés sur des tarifs jugés excessifs ou un accueil prétendument déplorable. Leur point commun : une tonalité anxiogène, une diffusion virale et souvent une provenance depuis l’étranger.
Plus étonnant encore, certaines publications vont jusqu’à affirmer que des sites emblématiques comme Saïdia ou Setti Fatma seraient aujourd’hui “vides”, abandonnés des touristes. Une affirmation contredite de manière flagrante par les chiffres du terrain. À elle seule, la station balnéaire de Saïdia a doublé son nombre de nuitées depuis le début de l’année, atteignant des taux de remplissage record sur la première moitié de 2025. Quant à Setti Fatma, la vallée de l’Ourika connaît une fréquentation soutenue, notamment les week-ends, comme en témoignent les longues files de véhicules et l’affluence dans les établissements de restauration et d’hébergement.
Cette vidéo, filmée à un moment creux ou en dehors des heures d’affluence, prétend montrer une station vide :
@alaghafla1شنو واقع في السعيدية؟شهر 8قرب يدخل والقاضية خاوية كاتصفر??♂️
Derrière ces contenus dépréciatifs se dessine une stratégie plus vaste, que certains observateurs n’hésitent plus à qualifier de “guerre douce” : affaiblir l’image du Maroc par l’opinion, semer le doute au sein de la diaspora, et dissuader les retours estivaux. La mécanique est bien huilée : l’exagération, la répétition, l’exploitation de témoignages isolés comme preuves généralisées.
Pourtant, les Marocains du monde restent un moteur vital du tissu économique national. Leurs transferts de devises dépassent les 100 milliards de dirhams par an, et leur implication dans les investissements immobiliers, l’artisanat ou le tourisme local est déterminante. Saper leur confiance, c’est viser bien plus qu’un secteur : c’est tenter d’altérer le lien intime et symbolique entre une communauté et son pays d’origine.
Il ne s’agit pas de nier que certaines critiques soient fondées. Des écarts de qualité existent, des tarifs sont parfois mal régulés, et certaines pratiques doivent être corrigées. Mais les généraliser à travers une narration toxique revient à manipuler l’opinion et à masquer les efforts réels engagés depuis plusieurs années par les professionnels du secteur.
@rimennn2 #pourtoi #fypシ #morocco?? #saidia #fyyyyyyyyyyyyyyyy ♬ suono originale – Moroccan_music ??
Face à cette offensive numérique, une vigilance collective s’impose. Car derrière les hashtags et les vidéos virales, une question plus lourde se dessine : pourquoi un tel acharnement à délégitimer les progrès d’un secteur qui, pour la première fois, parle de lui-même à travers les chiffres et l’expérience vécue ? Et surtout, à qui profite ce discrédit savamment construit ?


