Donald Trump a vivement attaqué, dimanche 8 février, le spectacle de la mi-temps du Super Bowl assuré par le chanteur portoricain Bad Bunny, qu’il a qualifié d’« affront à la grandeur de l’Amérique ». Quelques minutes après la fin de la performance, le président des États-Unis a multiplié les critiques sur son réseau Truth Social, dénonçant un show qu’il juge « lamentable », « affreux » et « l’un des pires jamais vus » dans l’histoire de l’événement sportif le plus regardé du pays.
Au cœur de la polémique, une prestation largement chantée en espagnol, une première pour le halftime show du Super Bowl. « Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type », a écrit Donald Trump, visant directement l’usage de la langue espagnole par l’artiste. Une remarque qui tranche avec la réalité démographique des États-Unis, où plus de 41 millions de personnes parlent espagnol au quotidien, selon les chiffres officiels.
Le président américain ne s’est pas arrêté là. Il a estimé que le spectacle « ne reflète en rien les standards de réussite, de créativité ou d’excellence » qu’il associe à l’identité américaine. La chorégraphie a également été prise pour cible, Donald Trump la jugeant « répugnante », en particulier pour « les jeunes enfants » susceptibles de regarder la retransmission du Super Bowl à travers le pays et bien au-delà de ses frontières.
Dans un message plus politique, le chef de l’État a dénoncé ce qu’il considère comme une « gifle » infligée à l’Amérique, accusant par ailleurs les médias traditionnels de saluer un spectacle qu’il juge déconnecté du « monde réel ». Selon lui, ces mêmes médias seraient prêts à encenser la prestation malgré son caractère supposément « vide » et « non inspirant ».
Pourtant, Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, a soigneusement évité toute référence directe à Donald Trump ou à sa politique migratoire durant sa prestation. Le chanteur portoricain, auréolé une semaine plus tôt d’un Grammy Award du meilleur album de l’année, a proposé un spectacle centré sur la culture latino-américaine et sur un message d’unité. Tout de blanc vêtu, il a brandi un ballon de football américain sur lequel figurait la phrase « Ensemble, nous sommes l’Amérique », avant de conclure sur une scène envahie par les drapeaux du continent américain et un message projeté sur l’écran géant du stade de Santa Clara : « Seul l’amour est plus fort que la haine ».

La réaction de la droite conservatrice américaine ne s’est pas fait attendre. Des figures du mouvement Maga ont organisé une contre-programmation musicale diffusée sur YouTube, réunissant des artistes américains présentés comme plus représentatifs de leurs valeurs. Le concert aurait attiré près de cinq millions de spectateurs, un chiffre significatif sur les plateformes numériques, mais sans commune mesure avec l’audience du Super Bowl, qui dépasse généralement les 120 millions de téléspectateurs. Les chiffres officiels de cette édition doivent être publiés dans les prochains jours.
Cette controverse illustre une nouvelle fois les tensions culturelles et identitaires qui traversent la société américaine, jusque dans les événements de divertissement les plus consensuels. Le Super Bowl, longtemps perçu comme un moment fédérateur, se retrouve ainsi au centre d’un débat politique et culturel où musique, langue et représentation de l’Amérique s’entrechoquent.

