Après plus de sept ans d’absence, le géant américain du transport urbain Uber signe discrètement son retour au Maroc.
Une réapparition progressive, amorcée depuis Casablanca et Rabat, où plusieurs chauffeurs de Careem, filiale régionale d’Uber, affirment avoir reçu la consigne de migrer vers l’application Uber Driver. Si la transition reste encore technique et partielle, elle symbolise un tournant attendu dans la stratégie du groupe pour renouer avec un marché qu’il avait quitté début 2018, faute de cadre légal clair.
Une fusion annoncée entre Careem et Uber
Fondée à Dubaï et rachetée par Uber en 2020, Careem opérait jusqu’à présent comme une entité distincte au Maroc, conservant son identité et son application propre. Ces derniers jours, plusieurs de ses chauffeurs confirment la réception d’instructions pour basculer vers la plateforme mère. Le changement d’application serait progressif, le temps que la mise à jour soit visible pour les utilisateurs.
Cette évolution marque une étape importante : celle de la fin de la coexistence entre les deux marques sur le territoire marocain. Uber semble vouloir reprendre la main, capitalisant sur l’expérience et le réseau déjà structuré de Careem.
Marrakech, futur centre de gravité ?
Des indices d’un retour organisé d’Uber sont apparus dès le printemps dernier. Sur LinkedIn, l’entreprise avait publié une offre d’emploi pour un poste de Country Manager basé à Marrakech, chargé de relancer les activités au Maroc.
Selon la fiche de poste, il s’agissait d’« assurer le succès d’Uber au Maroc, en commençant par Marrakech, et de contribuer à la croissance de la marque sur ce marché clé ».
Cette orientation géographique n’est pas anodine : la ville ocre, carrefour touristique et logistique, constitue un terrain d’expérimentation idéal avant une éventuelle extension vers d’autres métropoles.
Les taxis toujours vent debout
Mais ce retour, aussi discret soit-il, n’a pas échappé aux syndicats de taxis, farouches opposants aux applications de transport privé. Le syndicaliste évoque également la précarité des chauffeurs partenaires, souvent livrés à eux-mêmes face à des plateformes qui échappent à tout contrôle administratif.
Une zone grise juridique toujours d’actualité
C’est précisément cette absence de réglementation qui avait poussé Uber à se retirer du Maroc en 2018. L’entreprise expliquait alors « ne pas disposer de clarté sur l’intégration de son modèle dans le système de transport existant ». À l’époque, elle revendiquait près de 19 000 utilisateurs et 300 chauffeurs actifs à travers le Royaume.
Uber avait promis de revenir « lorsque les règles seraient en place ». Sept ans plus tard, force est de constater que le vide législatif persiste : aucun texte n’encadre à ce jour les activités de VTC au Maroc, même si des discussions techniques seraient en cours au sein du ministère du Transport.
Une relance stratégique avant la CAN 2025 ?
Le calendrier de ce retour n’est sans doute pas anodin. Alors que le Maroc s’apprête à accueillir des milliers de visiteurs pour la Coupe d’Afrique des Nations 2025, le marché de la mobilité urbaine se trouve sous les projecteurs. Uber, fort de son expertise mondiale, pourrait y voir une opportunité pour s’implanter durablement, tout en misant sur une évolution réglementaire à venir.
Mais du côté des taxis, la méfiance demeure totale. « Tant qu’Uber n’aura pas d’autorisation formelle, il n’a pas sa place sur nos routes », préviennent les représentants syndicaux.

