L’Université Mohammed VI Polytechnique franchit un nouveau cap sur la scène académique internationale.
Sa Faculté de Gouvernance, Sciences Économiques et Sociales (FGSES) vient d’intégrer l’Association of Professional Schools of International Affairs, un réseau mondial qui rassemble les institutions les plus influentes dans la formation aux affaires internationales. Une première pour une université africaine et de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui consacre le positionnement du Maroc dans les circuits mondiaux de production du savoir.
Cette admission, annoncée à l’occasion des réunions annuelles de l’APSIA, marque bien plus qu’une reconnaissance académique. Elle installe l’UM6P dans un écosystème où se définissent les standards en matière de relations internationales, de gouvernance et de politiques publiques. Le réseau, fondé en 1989, regroupe aujourd’hui plusieurs dizaines d’établissements de référence, majoritairement situés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L’entrée d’une institution africaine y introduit une diversité géographique et intellectuelle jusque-là absente.
Pour la FGSES, cette intégration repose sur une ambition claire : porter une lecture des enjeux globaux ancrée dans les réalités du Maroc, de l’Afrique et, plus largement, du Sud global. Son doyen, Karim El Aynaoui, insiste sur cette contribution attendue, à travers des travaux de recherche et des programmes académiques capables d’enrichir les débats internationaux. La perspective africaine, encore marginale dans les grandes écoles d’affaires internationales, trouve ainsi une nouvelle plateforme d’expression.
Au cœur de cette reconnaissance figure notamment le Master in Global Affairs, programme structurant de la faculté. Conçu sur deux ans, il articule économie, science politique et relations internationales, avec une approche tournée vers l’analyse des systèmes complexes. Les étudiants y sont formés à naviguer entre acteurs publics, organisations internationales et entreprises, tout en développant des compétences opérationnelles à travers des projets appliqués et une recherche orientée vers des problématiques concrètes. Ce positionnement correspond aux exigences des institutions membres de l’APSIA, qui privilégient des formations à fort impact.
L’intégration de la FGSES s’inscrit dans une stratégie plus large portée par l’UM6P depuis sa création. L’université a multiplié les partenariats avec des établissements de premier plan et développé des programmes à vocation internationale, dans l’objectif de devenir un hub académique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Cette dynamique se traduit également par une présence croissante dans les classements mondiaux, signe d’une montée en puissance progressive.
Pour l’APSIA, l’arrivée de l’UM6P répond à une évolution plus profonde du paysage académique. Les défis contemporains — transitions énergétiques, gouvernance, développement, mutations géopolitiques — exigent des analyses qui ne se limitent plus aux cadres occidentaux. La directrice exécutive de l’association, Michelle Reddy, souligne l’apport d’une institution située à un carrefour stratégique, capable de proposer une lecture différente des enjeux globaux.
Au-delà de l’université, cette adhésion s’inscrit dans une logique de projection du Maroc à l’international. Le développement de pôles d’excellence académiques devient un levier d’influence, permettant de former des profils appelés à évoluer dans des environnements globalisés tout en portant une vision issue du continent africain. Cette approche, souvent associée à une diplomatie du savoir, renforce l’attractivité du pays et sa capacité à participer aux grands débats internationaux.
La présence de la FGSES au sein de l’APSIA ouvre également une perspective pour l’Afrique, encore sous-représentée dans les réseaux académiques structurants. Elle marque une étape vers une meilleure intégration du continent dans les espaces où se construisent les référentiels et les analyses en relations internationales.
En rejoignant ce cercle, l’UM6P ne se contente pas d’accéder à un réseau prestigieux. Elle s’inscrit dans une transformation plus large des équilibres académiques mondiaux, où les institutions du Sud global cherchent à peser davantage dans la production et la diffusion des connaissances.


