Une équipe internationale de chercheurs vient de mettre au jour une espèce de fourmi jusqu’ici inconnue, localisée exclusivement dans la région de Chtouka Aït Baha, au nord de Tanalt.
Le travail scientifique, auquel a participé le chercheur marocain Ahmed Tahiri, professeur au laboratoire d’écologie, de taxonomie et de conservation de la biodiversité à la Faculté des sciences de Tétouan a été publié dans la revue Insect Systematics and Diversity.
Une espèce rare, appartenant à un groupe taxonomique complexe
Baptisée Temnothorax lailae, ou plus simplement « Laila », cette fourmi s’inscrit dans le groupe Temnothorax rottenbergii, une lignée connue pour sa grande similarité morphologique entre espèces. Cette proximité rend leur identification particulièrement délicate et nécessite des méthodes d’analyse avancées.
L’étude explique que la nouvelle espèce se distingue par une coloration sombre, une taille réduite et des motifs subtils au niveau de l’abdomen. Des caractéristiques qui ne deviennent perceptibles qu’au moyen de mesures microscopiques et d’une analyse morphométrique fine.
Une adaptation remarquable aux zones froides des montagnes
Dans une déclaration à Hespress, Ahmed Tahiri précise que Temnothorax lailae présente une aptitude particulière à vivre dans les zones montagneuses froides, un environnement spécifique et relativement isolé. À ce jour, son existence n’a été confirmée qu’au nord de Tanalt, dans la région de Chtouka Aït Baha.
Cette localisation restreinte renforce, selon le chercheur, la nécessité de protéger les écosystèmes nationaux et les micro-habitats qui abritent des espèces endémiques difficilement détectables.
Une base de données inédite pour la région méditerranéenne
L’étude repose sur un corpus scientifique particulièrement large :
– 527 individus analysés,
– 170 sites échantillonnés dans l’ensemble du bassin méditerranéen,
– 24 traits morphométriques mesurés sur la tête, le thorax, l’abdomen et la taille
Les chercheurs ont, en complément, utilisé l’analyse des séquences UCE (ultra-conserved elements), une technologie moderne permettant de préciser les relations évolutives entre espèces proches et de corriger des classifications parfois erronées et héritées de travaux anciens.
Une révision taxonomique d’envergure
Outre l’identification de Temnothorax lailae, les auteurs ont procédé à une révision complète de 20 espèces appartenant au même groupe. Cette révision inclut la redéfinition de plusieurs espèces, ainsi que l’ajustement du statut taxonomique d’autres.
L’ensemble est accompagné d’images à haute résolution et de cartes de distribution mises à jour, offrant une base de travail renouvelée pour les recherches futures sur ce genre de fourmis dans la région méditerranéenne.
Le Maroc, territoire clé de la biodiversité
Pour Ahmed Tahiri, ces résultats confortent la place du Maroc parmi les zones les plus riches en biodiversité du bassin méditerranéen, juste derrière la Turquie. Le scientifique estime que le Royaume pourrait dépasser ce classement à condition de renforcer la production de recherches rigoureuses et continues.

