Le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, a détaillé mercredi à Rabat les transformations en cours dans l’enseignement supérieur marocain : restructuration des établissements, refonte pédagogique, nouvelles orientations de recherche et expansion des capacités d’accueil. Une rencontre qui a posé les contours de l’Université marocaine de demain, alors que les effectifs franchissent un nouveau cap et que le projet de loi 59-24 poursuit son examen au Parlement.
Un système sous tension : effectifs en hausse, encadrement insuffisant
Pour la rentrée 2025-2026, l’université a accueilli 338.500 nouveaux inscrits, portant le total à 1,31 million d’étudiants, dont 87 % dans le public. Les grandes facultés, en particulier celles de droit, économie et sciences sociales, absorbent près de la moitié des étudiants, accentuant la pression sur un corps enseignant constitué de 18.726 enseignants-chercheurs, soit 1 pour 62 étudiants.
Le Maroc compte désormais 453 établissements, un réseau élargi mais encore loin de répondre à la demande. Le ministre évoque un modèle qui a atteint ses limites : celui des méga-facultés, parfois au-delà des 50.000 étudiants, où la qualité d’apprentissage est difficile à maintenir.
Fin annoncée des « méga-facultés » : une carte universitaire redessinée
Pour désengorger les grands pôles universitaires, de nouveaux établissements verront le jour :
- Al Hoceima : École supérieure de technologie, Faculté des sciences juridiques et politiques, et École nationale de commerce et de gestion.
- Settat et Berrechid : École nationale d’intelligence artificielle et de digitalisation, Faculté des sciences juridiques et politiques, École supérieure de sociologie-psychologie-anthropologie, écoles technologiques.
- Taounate : transformation de l’Agence des plantes médicinales en École supérieure de technologie ; reconfiguration de la faculté pluridisciplinaire en Faculté des sciences juridiques et politiques.
Ces ouvertures s’inscrivent dans une stratégie visant à répartir les flux, renforcer les spécialités régionales et soutenir les nouveaux secteurs stratégiques.
Le projet de loi 59-24 : une réforme contestée mais déterminante
Texte central de cette recomposition, le projet de loi 59-24 suscite débats et critiques. Azzedine El Midaoui reconnaît la polémique, mais insiste sur la nécessité de moderniser la gouvernance, d’améliorer l’assurance qualité et de doter le système d’un cadre juridique adapté aux enjeux actuels.
La réforme s’appuie sur la révision de 2.586 filières, la création de 366 nouvelles, et l’introduction d’un Bachelor en technologie, désormais accrédité dans 100 filières. L’accès au Master progresse, passant de 30 % à 50 %, un changement significatif pour l’élévation des compétences.
Un modèle pédagogique entièrement revisité
Le nouveau référentiel impose :
- des modules en langues étrangères sur quatre semestres,
- un module obligatoire en arabe,
- l’intégration d’une unité dédiée à l’IA, pour familiariser les étudiants aux outils qui transforment déjà l’économie.
Dans ce même esprit, la plateforme linguistique E-Logha-Sup, développée localement, sera lancée le 29 novembre 2025 à Dakhla. Accessible en amazighe, arabe, français, anglais et espagnol, elle vise à relever le niveau linguistique, souvent point faible des étudiants.
Formation alignée sur les besoins nationaux : médecine, numérique et industrie en tête
Le ministère élargit fortement les capacités dans les secteurs identifiés comme prioritaires :
- 27.190 places en numérique (+20 %),
- 10.841 en médecine (+33 %),
- montée en puissance des formations en pharmacie, cybersécurité, technologie et industrie.
Une politique qui répond à un besoin structurel : l’économie marocaine manque d’ingénieurs, de spécialistes en santé et de profils techniques hautement qualifiés.
Recherche scientifique : vers un dispositif national unifié
Le Maroc gagne 9 places dans le Global Innovation Index, désormais 57ᵉ sur 139 pays. Une progression encourageante, même si le ministre estime que le potentiel reste largement sous-exploité.
Les chiffres pour 2025 illustrent les défis :
- 47.743 doctorants,
- 24.133 enseignants-chercheurs,
- 18.469 publications indexées,
- 4.458 thèses soutenues,
- 240 brevets déposés.
La Stratégie de la recherche 2026-2035 prévoit :
- un référentiel national de qualité,
- la création de pôles universitaires d’innovation,
- un réseau régional renforcé des UATRS,
- un appel à projets de 115 millions de dirhams pour équiper les laboratoires.
Côté financement, le programme PNARDI 2025-2028 mobilise 1 milliard de dirhams, en partenariat avec la Fondation OCP. Les bourses doctorales, déjà passées de 40 % à 70 % de couverture, devraient atteindre 100 % en 2026.
Vie étudiante : hébergement, services et précarité persistante
Les résidences universitaires offrent actuellement 59.780 lits, loin du niveau jugé nécessaire — 500.000 lits au minimum. Pour réduire ce décalage, cinq nouvelles résidences créeront 7.500 lits, tandis qu’un nouveau modèle PPP vise à en ajouter 100.000 par an.
La restauration universitaire a distribué 14,5 millions de repas en 2024-2025 et les bourses affichent un taux de satisfaction de 95 %, soit 429.000 bénéficiaires.
Une transformation qui dépasse le cadre du ministère
El Midaoui appelle à une mobilisation collective : universités, collectivités, secteur privé et chercheurs. Pour lui, la modernisation de l’université publique est un choix stratégique national, en cohérence avec les Hautes Orientations royales et les attentes d’une jeunesse en quête de qualité, d’équité et d’avenir professionnel.

