Selon des informations exclusives relayées par Hespress, le ministère de l’Intérieur a lancé une série d’enquêtes administratives ciblant les services d’urbanisme de plusieurs préfectures, notamment dans les régions de Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Rabat-Salé-Kénitra. Objectif : faire la lumière sur des pratiques douteuses révélées par des signalements de plus en plus nombreux.
Au cœur de cette tempête administrative : la fuite récurrente de documents d’urbanisme encore en phase de validation. Ces documents auraient été transmis à des acteurs de la spéculation foncière avant leur approbation officielle, ouvrant la voie à des opérations immobilières anticipées aux contours opaques. Selon Hespress, plusieurs plaintes émanant d’usagers et de fonctionnaires ont mis en cause des agents soupçonnés d’avoir monnayé leur silence ou leur collaboration avec des promoteurs peu scrupuleux.
À Rabat, un chef de service d’urbanisme a préféré présenter sa démission après la mise au jour de dysfonctionnements jugés graves. Ce cas n’est pas isolé. Les enquêtes ont mis en évidence une série de fuites remontant à 2019, restées sous le radar jusqu’à récemment, quand les contestations autour des autorisations de construire ont commencé à prendre de l’ampleur. Certains fonctionnaires auraient prodigué des conseils aux spéculateurs, vendu des terrains ou accaparé des prérogatives en écartant d’autres branches de l’administration territoriale.
Les audits se sont également élargis à plusieurs agents d’autorité dont les noms figurent dans des rapports confidentiels, suspectés d’avoir facilité la transmission d’informations sensibles. Dans certaines provinces connues pour l’ampleur de la construction illégale et l’influence de réseaux immobiliers informels, des sanctions disciplinaires ont été prononcées à l’encontre de moqaddems, allant jusqu’à la révocation.
Plus encore, une opération de remaniement d’envergure a été engagée dans les rangs des mokaddems et des cheikhs. À l’origine de cette décision : des chefs de circonscription administrative (caïds) et leurs adjoints qui ont alerté sur le rôle trouble de certains agents ayant divulgué à l’avance les horaires des descentes de contrôle menées par les commissions d’inspection. Pire encore, certains agents auraient transformé leurs fonctions de terrain en activités lucratives illégales, facilitant la prolifération de constructions non autorisées ou la reprise d’ateliers clandestins de fabrication de sacs plastiques, pourtant interdits par la loi.
Dans un souci de transparence renforcée, les autorités ont parallèlement distribué à ces agents des formulaires de déclaration patrimoniale détaillée. Une mesure qui s’inscrit dans le cadre du dispositif national de lutte contre la corruption, visant à détecter d’éventuels cas d’enrichissement suspect. Selon Hespress, plusieurs profils sont déjà sous surveillance, notamment dans des zones où le béton pousse sans autorisation sur des terrains à forte valeur.
Cette opération intervient alors que la Cour des comptes a enclenché, depuis février dernier, le renouvellement de la déclaration obligatoire de patrimoine, imposée tous les trois ans à certaines catégories d’agents publics, élus locaux et fonctionnaires relevant de l’État ou des collectivités. Cette procédure, prévue par la loi 54.06, vise à renforcer la traçabilité des avoirs en lien avec l’exercice de responsabilités publiques.
Enfin, des rapports parallèles issus des services des affaires intérieures ont mis en évidence une hausse notable du nombre d’agents d’autorité devenus, au fil des ans, propriétaires fonciers ou entrepreneurs immobiliers, soulevant de forts soupçons d’enrichissement illicite dans des contextes où les irrégularités urbanistiques sont monnaie courante.

