À l’heure où le Ramadan touche à sa fin, certains événements laissent une empreinte qui dépasse le simple cadre de la saison. C’est le cas du Ftour des Souveraines, dont la deuxième édition, organisée le 18 mars dernier à Casablanca, s’est positionnée comme un rendez-vous structurant autour du pouvoir économique des femmes au Maroc.
Porté par Women In Business Magazine, l’événement a réuni une centaine de profils triés sur le volet, entre entrepreneures, décideuses, expertes et partenaires institutionnels, dans un cadre propice à la réflexion et au réseautage. Plus qu’un ftour, le concept revendique une ambition claire : faire évoluer les règles du jeu économique en plaçant les femmes au cœur des dynamiques de croissance.
Dès l’ouverture, le ton était donné. Loin des discours classiques sur “l’inclusion”, les échanges ont cherché à repositionner les femmes comme des actrices économiques à part entière, capables d’influencer les décisions stratégiques et de générer de la valeur. Un changement de narratif assumé, qui s’inscrit dans une volonté de transformer en profondeur les mécanismes de financement et d’accompagnement.
Accès limité au financement, sous-représentation dans les instances de décision et reconnaissance insuffisante du leadership féminin restent autant de freins nécessitant une refonte en profondeur des règles économiques.
Dans son allocution, Hania Faress, Directrice Générale de Women In Business Magazine, a mis en lumière une réalité contrastée : des femmes marocaines de plus en plus diplômées, entreprenantes et innovantes, mais toujours confrontées à des obstacles structurels. Accès limité au financement, sous-représentation dans les instances de décision et reconnaissance insuffisante du leadership féminin restent autant de freins nécessitant une refonte en profondeur des règles économiques.
Les deux panels organisés ont cristallisé cette ambition. Le premier, consacré aux règles du jeu à repenser, a mis en lumière les obstacles persistants rencontrés par les femmes entrepreneures, notamment en matière d’accès au financement. Le second a exploré les ressorts d’un leadership “avec sens”, articulé autour de valeurs d’intégrité, de performance et d’impact durable.
Au-delà des discussions, l’événement a également servi de plateforme de connexion. Le ftour, pensé comme un moment de networking stratégique, a favorisé les échanges directs entre participantes et partenaires, dans une logique de collaboration à long terme plutôt que de simple visibilité.
Cette édition s’inscrit dans une dynamique plus large portée par les organisateurs : encourager les institutions financières à adapter leurs approches et soutenir des projets féminins à fort potentiel, tout en valorisant des modèles de réussite inspirants. Une démarche qui vise, à terme, à renforcer la place des femmes dans les sphères décisionnelles et à consolider leur rôle dans le développement économique national.
Les échanges ont également mis en lumière l’ampleur encore sous-estimée de l’entrepreneuriat féminin au Maroc. On dénombre près de 5,4 millions de femmes entrepreneures, dont une large majorité évolue dans l’informel, générant à elles seules un chiffre d’affaires cumulé estimé à 273 milliards de dirhams, soit près de 20 % du PIB national. Un poids économique considérable, souvent invisibilisé.
Cependant, derrière ces performances, les fragilités persistent : charge mentale élevée, accès inégal à la formation, fracture numérique et disparités de revenus, notamment dans les circuits informels. Malgré ces contraintes, la dynamique reste résolument tournée vers l’avenir : 98 % des femmes interrogées expriment une volonté de développer leur activité, et une sur deux a déjà intégré le digital en vendant en ligne, signe d’une mutation progressive des modèles économiques.
Les indicateurs de cette deuxième édition témoignent d’un engouement certain, avec un taux de participation complet et un niveau d’engagement élevé sur les plateformes digitales. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la nature des échanges et des engagements pris qui donnent à cet événement sa portée.
Dans un contexte où la question du leadership féminin s’inscrit de plus en plus dans les enjeux de compétitivité économique, le “Ftour des Souveraines” semble vouloir s’imposer comme un espace d’influence, où se dessinent les contours d’un modèle plus inclusif, mais surtout plus stratégique.


