Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a appelé, lors d’un atelier organisé à Rabat, à une accélération de la mise en œuvre du Plan d’action national pour le vieillissement actif 2023-2030. L’institution insiste sur l’urgence de repenser l’intégration sociale et économique des seniors au Maroc, dans un contexte marqué par l’augmentation de l’espérance de vie et la progression constante du nombre de personnes âgées. Pour le CESE, il ne s’agit plus seulement d’une question sociale, mais d’un véritable enjeu de développement.
Dans son rapport annuel 2024, intitulé « Intégration socio-économique des personnes âgées au Maroc », le Conseil propose une série de mesures concrètes : revalorisation des pensions, adaptation de l’assurance maladie obligatoire aux besoins spécifiques des seniors, et mise en place de services de soins à domicile mieux structurés. Ces mesures visent à renforcer la dignité et le bien-être des aînés tout en favorisant leur participation active à la société.
Le CESE recommande également une réforme du Code du travail et du statut de la fonction publique afin d’introduire davantage de flexibilité dans l’emploi des seniors. Il plaide pour la possibilité de cumuler un revenu d’activité avec la retraite, et encourage les entreprises à recruter ou maintenir des personnes âgées grâce à des incitations fiscales. L’entrepreneuriat figure aussi parmi les leviers à développer, avec un accès facilité au financement et une valorisation des compétences, y compris celles des Marocains résidant à l’étranger. Une plateforme nationale de réseautage professionnel pourrait ainsi servir de tremplin pour mobiliser ce capital humain.
Au-delà de ces mesures, le Conseil met en avant le développement d’une véritable « silver economy », capable de transformer le vieillissement démographique en moteur de croissance. Inspirée des meilleures pratiques internationales, cette économie s’appuierait sur une offre diversifiée de services adaptés aux besoins des seniors : soins, loisirs, mobilité, logement, accompagnement à domicile. L’objectif est double : améliorer la qualité de vie des personnes âgées tout en créant de la valeur économique et sociale pour l’ensemble du pays.
Pour Abdelkader Amara, président du CESE, cette approche impose une vision renouvelée : considérer les seniors non pas comme une charge mais comme un capital humain productif. Leur expérience et leur savoir-faire représentent, selon lui, une ressource précieuse pour la société marocaine. En favorisant leur participation active et le transfert intergénérationnel des connaissances, le pays renforcerait à la fois sa cohésion sociale et sa compétitivité économique.
À l’heure où la démographie du Maroc bascule vers un vieillissement accéléré, l’appel du CESE met en lumière un choix de société : investir dès maintenant dans une politique publique cohérente et ambitieuse, afin que le vieillissement devienne un levier d’opportunités plutôt qu’un facteur de vulnérabilité.

