Deux décennies après son lancement, le vaste projet national visant à éliminer l’habitat insalubre reste inachevé. Malgré des progrès tangibles, des milliers de familles marocaines vivent encore dans des conditions précaires.
C’est en 2004, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, que le programme « Villes sans bidonvilles » avait vu le jour, avec pour ambition de reloger plus d’un quart de million de familles dans 85 villes du Royaume. L’échéance fixée à 2010 est aujourd’hui largement dépassée, et le chantier demeure ouvert.
Selon les chiffres rapportés par La Vie Éco, plus de 366.000 ménages ont été relogés depuis la mise en œuvre du programme. À ce jour, 62 villes ont été officiellement déclarées sans bidonvilles. Ces dernières années, le rythme s’est accéléré : entre 2021 et 2025, près de 74.000 familles ont accédé à un nouveau logement, un bond significatif comparé à la période 2018–2021, où la moyenne annuelle tournait autour de 6.000.
Ce regain est attribué à une meilleure implication des collectivités territoriales, à la simplification des critères d’éligibilité, ainsi qu’à l’engagement accru du secteur privé dans la production de logements adaptés. Des villes comme Casablanca, Salé ou encore Kénitra concentrent aujourd’hui les plus gros efforts, tant les besoins y sont criants.
Une stratégie repensée pour les années à venir
En dépit des avancées, environ 120.000 foyers attendent toujours une solution pérenne. Parmi eux, 74.000 sont déjà intégrés dans des projets en cours, tandis que 46.000 restent sans perspective immédiate de relogement.
Face à ce constat, les autorités ont dévoilé un nouveau plan couvrant la période 2024–2028. Celui-ci mise sur une approche plus souple et ciblée, combinant plusieurs leviers : subventions directes, production de logements sociaux encadrés, réhabilitation des quartiers informels, et partenariats public-privé renforcés, en particulier là où le foncier étatique fait défaut.
Certaines zones, comme Skhirat-Témara ou l’aire métropolitaine de Casablanca, bénéficient de conventions spécifiques destinées à accélérer les opérations. L’accent y est mis sur la qualité des constructions et leur accessibilité financière.
Pour mieux encadrer le processus, de nouveaux outils de surveillance ont été introduits : bases de données partagées, vérifications aériennes par drone, et croisements des registres officiels. Objectif : éviter les abus, repérer les cas de doublons et garantir que l’aide atteigne les véritables bénéficiaires.
Une ambition toujours vivace, à l’épreuve du temps
Le programme reste un pilier de la politique sociale et urbaine du Maroc. Il a permis une nette amélioration des conditions de vie pour des centaines de milliers de citoyens, tout en transformant durablement le visage de nombreuses villes. Mais les défis structurels demeurent : croissance démographique, rareté du foncier, pauvreté persistante, et apparition de nouveaux noyaux de précarité.
La réussite de ce projet ne se limite pas à la construction de logements, mais réside dans la capacité à créer des environnements urbains dignes, intégrés et durables. À l’aube de son 25e anniversaire, le programme est appelé à se réinventer pour répondre aux attentes des plus fragiles.
À l’approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, l’urgence est d’autant plus grande. L’occasion est idéale pour donner un coup d’accélérateur à un programme emblématique, et faire du droit à un logement décent une réalité pour tous.


