Pour la première fois de son histoire automobile, l’Europe a franchi un cap hautement symbolique. En décembre 2025, les immatriculations de voitures 100 % électriques ont dépassé celles des modèles à essence au sein de l’Union européenne, selon les données officielles de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). Un événement marquant, largement relayé, qui illustre l’accélération de la transition énergétique du marché automobile, tout en révélant ses limites structurelles.
Sur le dernier mois de l’année, 217 898 voitures électriques à batterie ont été immatriculées dans les 27 pays de l’UE, contre 216 492 véhicules essence. L’écart est mince, à peine 1 406 unités, mais suffisant pour inverser temporairement la hiérarchie. Cette performance s’inscrit dans un contexte plus large de reprise du marché automobile européen, en hausse pour le sixième mois consécutif, y compris au Royaume-Uni et en Norvège, deux marchés très avancés sur l’électrification.
Ce dépassement reste toutefois ponctuel. À l’échelle de l’année 2025, les voitures à essence conservent une nette avance, avec près de 2,88 millions d’immatriculations, contre 1,88 million pour les véhicules électriques. Si l’électrique progresse fortement, avec une hausse annuelle proche de 30 % et une part de marché moyenne de 17,4 %, il demeure encore minoritaire face aux motorisations thermiques.
Le véritable pilier du marché automobile européen en 2025 n’est d’ailleurs ni l’électrique ni l’essence, mais l’hybride. Les véhicules hybrides, incluant les hybrides légers dits mild hybrid, ont totalisé environ 3,7 millions de ventes et capté plus de 34 % du marché. Cette catégorie regroupe pourtant des réalités très différentes, allant de motorisations fortement électrifiées à des moteurs thermiques simplement assistés par un petit système électrique. Une classification qui contribue à accentuer artificiellement le recul statistique de l’essence, sans traduire un abandon immédiat du moteur thermique dans les usages quotidiens.
Les chiffres du parc automobile européen invitent également à la prudence. L’Union européenne compte près de 256 millions de voitures en circulation, avec un âge moyen supérieur à 11,5 ans. Malgré leur progression dans le neuf, les voitures 100 % électriques représentent à peine un peu plus de 2 % du parc roulant. Essence et diesel restent donc largement dominants sur les routes européennes, en raison du renouvellement lent des véhicules et du poids du marché de l’occasion.
Les disparités géographiques accentuent ce contraste. La Norvège frôle les 98 % de ventes électriques sur certains mois, tandis que plusieurs pays d’Europe de l’Est peinent à dépasser les 5 %. En France, comme dans d’autres grands marchés, les hybrides dominent largement les ventes, devant l’électrique et l’essence, illustrant une transition progressive plutôt qu’un basculement brutal.
Le prix demeure l’un des principaux freins. Une voiture électrique coûte en moyenne près de 43 000 euros en Europe, contre environ 23 000 euros pour un modèle thermique. Malgré les aides publiques, la recharge encore inégalement déployée et les contraintes d’usage sur les longs trajets freinent l’adoption massive, notamment chez les ménages.
Le dépassement de l’essence par l’électrique en décembre 2025 apparaît ainsi moins comme une victoire définitive que comme un signal fort. Un marqueur de tendance, révélateur d’une dynamique engagée, mais encore loin de répondre aux objectifs climatiques européens, notamment celui de 2035. La transition automobile est en marche, mais elle s’inscrit clairement dans le temps long, entre symboles, réalités économiques et contraintes industrielles.

