Ce lundi 7 juillet, la Maison-Blanche devient le théâtre d’une rencontre stratégique entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Officiellement, il s’agit d’évoquer les perspectives de cessez-le-feu à Gaza. En réalité, tous les regards se tournent vers Téhéran. Alors que la guerre dans l’enclave palestinienne continue de faire rage, c’est la question iranienne qui s’impose comme le véritable sujet d’inquiétude.
Il s’agit de la troisième entrevue des deux dirigeants depuis le début de l’année, mais sans doute la plus décisive. Depuis la rupture du dernier cessez-le-feu le 18 mars par Israël et l’intensification du siège humanitaire à Gaza, la situation n’a cessé de se détériorer. Et pourtant, les efforts diplomatiques peinent à convaincre. Des discussions ont bien été relancées à Doha entre Israël et le Hamas, avec pour objectif une trêve de soixante jours, des échanges d’otages et de dépouilles, et la reprise de l’acheminement d’aide humanitaire sous l’égide de l’ONU. Mais les exigences du Hamas en matière de garanties sécuritaires restent inacceptables aux yeux de Tel-Aviv.
Donald Trump affiche pourtant son optimisme habituel, évoquant la possibilité d’un accord d’ici la semaine prochaine. Mais cette confiance de façade masque des enjeux bien plus profonds. Car à Washington, le véritable dossier brûlant n’est pas Gaza, mais l’Iran.
À peine quelques semaines après une opération militaire éclair contre la République islamique, les États-Unis cherchent à fixer les règles du jeu dans une région à l’équilibre toujours plus instable. Le récent cessez-le-feu signé avec l’Iran reste flou, sans mécanisme clair de contrôle ni engagement formel sur ses termes. Dans ce contexte, Israël semble privilégier une doctrine d’« endiguement musclé », prête à frapper préventivement tout site jugé menaçant. Une stratégie qui pourrait entrer en contradiction avec l’appel de Trump à la désescalade.
Selon des analystes de The Washington Institute, think tank influent à Washington, les deux dirigeants devraient esquisser un plan d’ensemble pour renforcer leur coopération stratégique, poser les bases d’un accord diplomatique avec Téhéran, et relancer la normalisation avec plusieurs pays arabes. Parmi les grands absents de ces discussions : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, pourtant signataires de l’accord nucléaire de 2015.
Cette rencontre marque aussi un tournant dans la politique de sécurité régionale. Depuis l’intégration d’Israël au sein du Commandement central américain (Centcom) en 2021, les alliances se redessinent : Tel-Aviv se retrouve désormais dans une structure militaire régionale aux côtés d’acteurs arabes majeurs comme l’Arabie saoudite, l’Égypte ou les Émirats. Ce réalignement stratégique vise clairement à isoler l’Iran, quitte à sacrifier la question palestinienne sur l’autel des intérêts géopolitiques.
Enfin, ce déplacement à Washington tombe à point nommé pour Benyamin Netanyahou, qui profite de cette tournée diplomatique pour faire oublier son procès pour corruption, actuellement suspendu pendant les vacances judiciaires en Israël. Un timing qui n’a rien de fortuit, alors que Donald Trump, lui-même confronté à des affaires judiciaires, n’a pas hésité à plaider publiquement en faveur d’une annulation des poursuites contre son allié.
Si cette rencontre peut être présentée comme un effort diplomatique, elle s’inscrit avant tout dans une stratégie plus large : celle d’un remodelage du Moyen-Orient à l’avantage d’un axe Washington-Tel-Aviv, quitte à reléguer au second plan les souffrances persistantes de Gaza.

