Le Global Risks Report 2025 du Forum économique mondial offre un diagnostic clair : l’Afrique progresse, mais avance sur une ligne étroite où se croisent transition énergétique, choc climatique et vulnérabilités économiques. Le continent, riche en ressources stratégiques, reste aussi l’un des plus exposés aux crises systémiques.
Le WEF rappelle que l’Afrique demeure l’une des régions à plus forte dynamique démographique, avec une population appelée à doubler d’ici 2050. Cette trajectoire ouvre un potentiel économique considérable, mais la croissance se heurte à des facteurs structurels persistants.
Le rapport identifie cinq risques majeurs qui pèsent directement sur l’activité :
• dette souveraine sous tension dans plusieurs économies,
• volatilité énergétique, qui renchérit le coût de production,
• insécurité alimentaire, aggravée par les cycles climatiques extrêmes,
• fragmentation géopolitique,
• vulnérabilités technologiques, liées à la dépendance extérieure.
Dans ses projections, le WEF considère que ces risques combinés peuvent réduire de 1 à 1,5 point la croissance potentielle de certaines économies d’Afrique subsaharienne d’ici 2030, si aucune réponse structurelle n’est engagée.
Climat : premier facteur d’instabilité économique
Le risque climatique arrive en tête des préoccupations mondiales à horizon dix ans dans le Global Risks Report. Pour l’Afrique, le constat est direct : la variabilité climatique est désormais un risque économique, pas uniquement environnemental.
Sécheresses prolongées au Sahel, inondations en Afrique australe, stress hydrique au Maghreb, ces phénomènes fragilisent l’agriculture, qui représente jusqu’à 25 % du PIB dans certains pays, et affectent la sécurité alimentaire de dizaines de millions de personnes.
Le WEF estime que près de 60 % de la population africaine vit aujourd’hui dans des zones exposées à des événements climatiques sévères, alors que le continent ne contribue qu’à une part marginale des émissions mondiales.
Transition énergétique : un capital stratégique à revaloriser
L’Afrique dispose d’un avantage comparatif rarement égalé. Selon le rapport, le continent concentre près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques indispensables à la transition verte : cobalt, manganèse, graphite, lithium.
Cette réalité place le continent au cœur de la compétition industrielle mondiale : batteries, véhicules électriques, stockage énergétique.
Mais le WEF souligne un paradoxe : la majorité de la valeur est captée hors du continent. Les minerais africains alimentent les chaînes d’approvisionnement mondiales, sans créer un effet d’industrialisation local. La transition énergétique ne devient un levier que si l’Afrique passe d’une logique extractive à une logique de transformation, capable de retenir l’investissement, la technologie et l’emploi.
Fragmentation géopolitique : une nouvelle couche de risques
Le rapport 2025 insiste sur la recomposition mondiale en blocs économiques. Dans ce contexte, l’Afrique se retrouve à la croisée des stratégies ; États-Unis, Chine, Union européenne, Russie, Turquie qui cherchent à sécuriser l’accès aux ressources ou à étendre leurs zones d’influence.
Le WEF avertit que cette polarisation peut limiter l’accès du continent :
- aux technologies avancées, via les régulations et sanctions,
- aux financements internationaux, en période de taux élevés,
- aux marchés export, en cas de barrières commerciales.
Les tensions géopolitiques ajoutent ainsi une pression supplémentaire sur des économies déjà fragilisées par les effets du climat et de la dette.
Numérique : l’innovation comme amortisseur
Le rapport note une avancée notable : l’innovation numérique progresse, même dans des contextes de fragilité. Le paiement mobile dépasse parfois l’usage bancaire traditionnel, les services B2B s’étendent et de nouvelles infrastructures émergent.
Ces innovations n’éliminent pas les risques, mais elles réduisent les frictions économiques et accélèrent l’accès aux services essentiels. Le WEF identifie toutefois la cybersécurité comme un risque émergent : attaques contre les infrastructures critiques, vulnérabilité des administrations, protection faible des données.
Trois leviers pour un changement structurel
Le rapport appelle à une stratégie continentale articulée autour de trois piliers :
1 – Renforcer la souveraineté économique
Créer de la valeur localement, plutôt que d’exporter les matières premières.
Transformer l’avantage minéral en industrie.
2 – Accélérer l’intégration régionale
La ZLECAf n’est pas commentée comme une promesse, mais comme une solution immédiate au risque de fragmentation.
Des chaînes de valeur africaines peuvent réduire la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
3 – Investir massivement dans l’adaptation climatique
L’Afrique fait face à un déficit d’investissement.
La sécurité hydrique, l’agriculture durable et les infrastructures résilientes sont des impératifs économiques, pas des dépenses environnementales.
Le WEF ne décrit pas l’Afrique comme un point de vulnérabilité mondiale, mais comme un territoire stratégique où se joue une partie de la transition énergétique et du nouvel ordre économique.
Le continent avance dans un équilibre fragile, mais armé d’atouts uniques.
La question n’est plus de savoir si l’Afrique participera aux transformations mondiales, mais dans quelles conditions et avec quelle valeur captée localement.

