À l’occasion du 80e anniversaire de la Cour internationale de justice, célébré à La Haye, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé une mise en garde appuyée face aux tensions géopolitiques croissantes. Selon lui, le monde traverse aujourd’hui un « moment de crise », marqué par une multiplication des violations du droit international et une remise en cause des mécanismes multilatéraux.
Devant un parterre de responsables internationaux, il a dénoncé la recrudescence des violations des règles internationales, citant notamment la guerre en Ukraine, les tensions à Gaza, le conflit au Soudan et les crises persistantes au Moyen-Orient. Autant de situations qui, selon lui, fragilisent l’architecture du système international et mettent à rude épreuve les mécanismes de règlement pacifique des différends.
Une institution née des cendres de la Seconde Guerre mondiale
La Cour internationale de justice voit le jour en 1945, dans le sillage de la création de l’Organisation des Nations unies, avec pour ambition d’éviter le retour des catastrophes ayant marqué la première moitié du XXe siècle. Héritière de la Cour permanente de justice internationale de la Société des Nations, elle incarne la volonté des États de substituer « la force du droit » à la loi du plus fort.
Installée à La Haye, la juridiction devient l’organe judiciaire principal de l’ONU, chargé de trancher les différends entre États et de rendre des avis consultatifs sur des questions juridiques internationales.
« La force du droit » face au retour des rapports de puissance
Dans son discours, Antonio Guterres a mis en garde contre une dérive inquiétante : la substitution progressive des règles internationales par des logiques de puissance. « Lorsque le droit recule, l’instabilité progresse », a-t-il en substance averti, soulignant les conséquences économiques, politiques et humanitaires de cette tendance, notamment pour les populations les plus vulnérables.
Il a appelé la communauté internationale à faire un choix clair : préserver un ordre fondé sur des règles communes ou céder à une logique de confrontation où prévaut le rapport de force.
Une juridiction centrale mais contestée
Huit décennies après sa création, la Cour internationale de justice fait face à de nouveaux défis. Le nombre d’affaires portées devant elle ne cesse d’augmenter, notamment en lien avec les conflits armés, les accusations de crimes internationaux ou encore les enjeux climatiques.
Parmi les dossiers sensibles en cours figurent des accusations de génocide visant le Myanmar ainsi que des procédures liées aux opérations militaires à Gaza. Toutefois, l’efficacité de la Cour demeure limitée par l’absence d’obligation universelle de juridiction : tous les États ne reconnaissent pas automatiquement sa compétence, et certaines décisions peinent à être appliquées.
Dans ce contexte, l’anniversaire de la CIJ apparaît comme un moment de réflexion sur l’avenir du droit international, à l’heure où celui-ci est confronté à ses plus grandes tensions depuis sa création.
Revenant sur les origines de la juridiction, créée en 1945 dans le sillage de la fondation de l’Organisation des Nations unies, António Guterres a rappelé le contexte historique de sa naissance. Dans un monde marqué par les ravages de la Seconde Guerre mondiale, les États avaient fait le choix « de rejeter un avenir régi par la coercition et la violence » pour bâtir un ordre fondé sur le droit. « Ils ont bâti une Cour fondée sur une conviction primordiale : la force du droit doit toujours prévaloir sur la loi de la force », a-t-il déclaré, ajoutant que cette institution constitue « la pierre angulaire d’un monde plus pacifique ».
En outre, a alerté sur une dégradation préoccupante du respect des normes internationales. « Des violations du droit international se déroulent sous nos yeux. Les opérations militaires bafouent les règles fondamentales […] Les obligations humanitaires sont ignorées », a-t-il dénoncé. Plus inquiétant encore, « cette érosion ne se produit pas en marge du système international. Elle se produit en son cœur ».
Pour lui, les conséquences sont déjà visibles : « Lorsque la loi de la force remplace la force de la loi, l’instabilité devient contagieuse […] et ce sont toujours les plus vulnérables qui souffrent le plus ».
Face à cette situation, l’appel à un sursaut collectif est lancé. « C’est précisément parce que le système international est soumis à une telle tension que le respect du droit international importe plus que jamais », a-t-il affirmé, exhortant les États à respecter les décisions de la CIJ et à privilégier le règlement pacifique des différends.
« En ce moment de crise, c’est le seul choix qui s’impose […] Ayons le courage de le faire », a-t-il conclu.

