La Fondation BMCI a rendu, le 18 décembre 2025 à Casablanca, un hommage appuyé au maître-potier Ahmed Serghini et à la ville de Safi, berceau historique de la céramique marocaine. Organisée à la galerie Venise Cadre, cette rencontre a été marquée par la présentation du beau-livre « La Main, l’Argile et le Feu – Serghini et les potiers de Safi », parrainé par la Fondation BMCI, et dédié à l’un des plus grands artisans que la ville ait connus.
L’événement s’est tenu dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, Safi avait été frappée par de violentes inondations ayant causé des pertes humaines et d’importants dégâts matériels. Une réalité douloureuse qui a donné une résonance supplémentaire à cet hommage, rappelant le lien indissociable entre la ville et ses artisans, entre l’argile façonnée et les épreuves traversées.
Maâlem Ahmed Serghini, potier de père en fils sur sept générations, a ouvert son propos par un verset du Coran, tiré de la sourate Arrahmane, évoquant la création de l’homme à partir de l’argile. Une manière sobre et sincère de rappeler que la poterie n’est pas pour lui un simple métier, mais une vocation transmise, nourrie par la patience, le feu et le geste juste. Safi demeure, à ses yeux, le sanctuaire naturel de cet art, qu’il a contribué à faire rayonner bien au-delà des frontières du Maroc.
Dans son allocution, Hicham Seffa, président du directoire de la BMCI et vice-président de la Fondation BMCI, est revenu sur la genèse du projet éditorial. Sa première visite dans l’atelier d’Ahmed Serghini a agi comme un déclic. Face aux pièces exposées, il a immédiatement perçu la nécessité de raconter cette trajectoire singulière, faite de transmission, d’exigence et de fidélité à la matière. Le projet du beau-livre a alors été lancé, avec la volonté de préserver une mémoire vivante et de la transmettre aux générations futures.
Le récit de cette épopée artisanale a été confié à Mohamed Metalsi, urbaniste, docteur en esthétique et figure reconnue du monde culturel. Ancien directeur des affaires culturelles de l’Institut du monde arabe, auteur de nombreux ouvrages de référence sur le Maroc, il a longuement travaillé avec Ahmed Serghini pour bâtir l’ossature du livre. Leur collaboration s’est nourrie d’échanges approfondis, de longues heures de discussions et d’une confiance réciproque. Metalsi évoque un homme disponible, précis dans ses gestes comme dans ses mots, dépositaire d’un savoir accumulé au fil des siècles.
Très ému, Ahmed Serghini a exprimé sa gratitude à l’égard de la Fondation BMCI, de l’auteur Mohamed Metalsi et des éditions Malak. Il a confié voir dans cet ouvrage l’aboutissement d’un vœu cher : celui de laisser une trace durable de son œuvre et de son parcours. Avec simplicité, il a également partagé quelques souvenirs marquants, notamment sa première rencontre avec feu le roi Hassan II, ainsi que les encouragements constants reçus de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dont l’attention envers l’artisanat traditionnel n’a jamais faibli.
La soirée s’est poursuivie par la projection d’un making-of retraçant l’histoire commune de Safi et de la poterie, avant une lecture d’extraits du livre par le comédien Hassan El Jai. Sa voix a transporté l’assistance dans l’univers de l’argile et du feu, rappelant que derrière chaque pièce façonnée se cache une part d’humanité, de patience et de mémoire collective.
À travers cet hommage, la Fondation BMCI a mis en lumière bien plus qu’un parcours individuel. Elle a rappelé l’importance de préserver les savoir-faire traditionnels marocains et de reconnaître celles et ceux qui, dans la discrétion des ateliers, façonnent une part essentielle du patrimoine culturel du Royaume.


