L’Agence nationale du soutien social (ANSS) a franchi une étape décisive dans la mise en œuvre du programme des aides sociales directes avec l’ouverture de sa première représentation territoriale à El Jadida.
Ce déploiement marque le passage d’un dispositif centré sur le transfert financier à une action sociale de proximité, ancrée dans les réalités locales et orientée vers un impact concret et durable sur les ménages bénéficiaires.
Présentée comme une structure pilote, cette implantation territoriale vise à rapprocher l’administration des citoyens et à améliorer l’accès aux aides sociales directes, notamment dans les zones vulnérables ou enclavées. L’enjeu est clair : faire du soutien social un levier d’inclusion socio-économique, et non plus un simple mécanisme budgétaire.
À travers cette initiative, l’ANSS amorce une territorialisation assumée de l’action publique. Concrètement, la représentation d’El Jadida assurera l’accueil et l’orientation des usagers, l’explication des critères d’éligibilité, l’accompagnement dans le dépôt et le suivi des réclamations, ainsi que la gestion territoriale des dossiers. Une coordination étroite avec les autorités locales et les services déconcentrés de l’État est prévue afin d’assurer une prise en charge adaptée aux spécificités sociales et économiques de la province.
Ce choix stratégique répond à une conviction de plus en plus affirmée dans la gouvernance sociale : l’efficacité d’un programme ne se mesure pas uniquement au volume des transferts effectués, mais à sa capacité à transformer durablement les conditions de vie. En combinant outils numériques et présence physique, l’ANSS cherche à humaniser la relation avec les bénéficiaires et à réduire les fractures liées à l’éloignement géographique ou à la maîtrise des procédures digitales.
La territorialisation du soutien social s’appuie sur un cadre juridique consolidé. La loi n°59.23 prévoit la création de représentations territoriales de l’Agence, tandis que la loi n°54.19 portant Charte des services publics consacre le principe d’équité territoriale et le rapprochement de l’administration des usagers. Par ailleurs, plusieurs institutions de contrôle, dont la Cour des comptes, ont souligné la nécessité de renforcer l’accompagnement des citoyens, notamment dans les zones confrontées à une fracture numérique. Elles ont appelé à dépasser une gestion trop centralisée afin de garantir un ciblage plus fin et une meilleure prévention des situations de vulnérabilité.
L’ouverture du bureau d’El Jadida s’inscrit également dans la dynamique plus large de la généralisation de la protection sociale, chantier structurant engagé à l’échelle nationale. Cette phase expérimentale permettra d’évaluer les modalités de fonctionnement, d’identifier les ajustements nécessaires et de mesurer l’impact réel sur les bénéficiaires avant une extension progressive à l’ensemble des régions du Royaume.
Au-delà de l’annonce administrative, c’est une évolution de méthode qui se dessine. Le soutien social change de nature : d’un dispositif essentiellement distributif, il tend à devenir un outil d’accompagnement durable, intégré aux dynamiques territoriales et attentif aux parcours de vie des familles. El Jadida devient ainsi le premier laboratoire d’une politique sociale pensée au plus près du terrain.


