Une femme ayant vécu il y a près de 6.400 ans au Maroc retrouve aujourd’hui un visage, une avancée marquante en archéologie. Grâce à une reconstitution faciale réalisée à partir de son crâne découvert sur le site archéologique de Skhirat-Rouazi, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Rabat, cette figure du Néolithique moyen sort de l’oubli et éclaire les origines et les modes de vie des premières communautés sédentaires d’Afrique du Nord.
À l’origine de ce travail, le collectif spécialisé Ancestral Whispers, reconnu pour ses reconstructions bio-archéologiques. En croisant données scientifiques, analyses génétiques et modélisation 3D, ses équipes ont redonné forme au visage d’une femme identifiée sous le code « skh001 ». Haute d’environ 1,58 mètre, elle présente des traits marqués, des pommettes saillantes, des yeux foncés et une chevelure bouclée, témoignant d’une diversité physique déjà affirmée dans la région à cette époque.

L’étude génétique apporte des précisions sur ses origines. Son ADN mitochondrial appartient à l’haplogroupe M1a1b, une lignée maternelle présente en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Son patrimoine autosomal révèle un mélange d’ascendances issues du Levant néolithique et des populations natoufiennes, auxquelles s’ajoute une composante ibéro-maurusienne, ancrée localement. Ce croisement génétique confirme l’existence de circulations humaines anciennes entre différentes régions, bien avant les grandes périodes historiques connues.
Facial reconstruction based on skh001, a 6,400-year-old woman from Skhirat-Rouazi, Morocco
The individual was buried in a supine position with slight rightward lateralization, oriented north–south. The head was in anterior and right lateral flexion, originally directed upward… pic.twitter.com/kcsxKGTN2d
— Ancestral Whispers (@Sulkalmakh) April 7, 2026
Au-delà du visage, les conditions de découverte du corps livrent des informations précieuses sur les pratiques funéraires. La défunte a été retrouvée allongée sur le dos, légèrement tournée vers la droite, avec la tête inclinée vers l’avant. Les membres étaient repliés, probablement en raison de l’espace restreint de la fosse. Cette position, loin d’être aléatoire, renvoie à un rituel structuré, suggérant des codes funéraires déjà établis au sein de ces communautés.
Les objets associés à la sépulture renforcent cette lecture. Au moins quatre vases en céramique accompagnaient le corps. L’un d’eux, intact, reposait sur le bassin, tandis que d’autres avaient été volontairement brisés puis disposés autour de l’abdomen et du thorax. Ce geste, répété dans plusieurs tombes du site, pourrait traduire une symbolique particulière liée à la mort ou à l’au-delà, encore difficile à interpréter avec certitude.
Découvert en 1980, le site de Skhirat-Rouazi s’impose comme l’un des ensembles funéraires majeurs du Néolithique moyen au nord du Maroc. Près d’une centaine de sépultures y ont été recensées, offrant un terrain d’étude unique pour comprendre l’organisation sociale, les croyances et les modes de vie des premières populations agricoles de la région.
Cette reconstitution faciale ne se limite pas à une prouesse technologique. Elle donne un visage à une époque lointaine et rend tangible une histoire souvent réduite à des fragments d’os et de poteries. Derrière ces traits reconstitués, c’est toute une mémoire humaine qui refait surface, rappelant la profondeur et la richesse du passé préhistorique marocain.


