C’est Houcine Nasrollah, troisième vice-président du conseil de la ville de Casablanca et cadre du parti de l’Istiqlal, qui dirige ce mardi 10 juin une session municipale exceptionnelle, marquée par une décision sensible : le vote d’une procédure d’expropriation visant le terrain où se dressait autrefois la villa Mauvillier. Ce bien immobilier, chargé d’histoire, est au cœur d’un feuilleton politico-judiciaire qui n’en finit plus de diviser.
À l’origine de cette session extraordinaire, quatre points inscrits à l’ordre du jour, dont trois proposés par le wali de la région, Mohamed M’hidia. L’un d’eux concerne directement la parcelle de 551 m² à l’angle stratégique des boulevards Anfa et Zerktouni, ancien emplacement de la célèbre villa art-déco démolie en 2021. Ce site était censé accueillir un hôtel haut de gamme sous la bannière Marriott, projet porté par la société Art Seven.
L’entreprise affirme avoir scrupuleusement respecté toutes les démarches réglementaires : obtention d’une dérogation pour construire un immeuble de 14 étages en 2019, permis de construire accordé en 2020, et démarrage des travaux dans la foulée. Pourtant, en janvier 2021, le chantier est brusquement interrompu sur ordre du conseil communal, alors que les fondations étaient à peine entamées.
S’en est suivie une longue bataille judiciaire, au terme de laquelle Art Seven a remporté gain de cause à tous les niveaux, y compris en cassation. Fort de cette victoire, le promoteur espérait relancer le projet. C’était sans compter sur un nouveau rebondissement : la mise à l’ordre du jour d’une expropriation, justifiée par une « utilité publique ».
D’après les éléments communiqués par certains élus, la municipalité envisagerait d’utiliser le site pour construire une annexe administrative moderne, assortie d’un parking souterrain. Mais cette justification reste floue pour plusieurs membres du conseil, y compris dans les rangs de la majorité, où des dissensions sont apparues.
L’absence remarquée de la présidente du conseil, Nabila Rmili (RNI), ainsi que le retrait de sa première adjointe, Malika Mezzour (PAM), ont nourri les spéculations. Certains y voient un signe de prudence, voire une volonté d’éviter d’assumer une décision politiquement délicate.
Alors que les débats sont en cours, l’issue du vote reste incertaine, dans un climat alourdi par les tensions internes et les zones d’ombre autour de la finalité réelle de cette expropriation.

