Le ministère de l’Agriculture a officiellement levé l’interdiction d’abattage des femelles ovines et caprines, une mesure instaurée au printemps dernier pour protéger le cheptel national. Désormais, seules les femelles en état de gestation apparente restent protégées par la réglementation. Cette décision, datée du 24 septembre et signée par le ministre Ahmed El Bouari, met fin à six mois de restriction totale qui avaient bouleversé l’activité des éleveurs et des abattoirs à travers le pays.
Le retour à une certaine normalité s’appuie sur les conclusions du recensement national du cheptel, mené entre le 26 juin et le 11 août 2025. L’opération a révélé un effectif global de 32,8 millions de têtes, dont 23,15 millions d’ovins (parmi lesquels 16,34 millions de femelles) et 7,47 millions de caprins (dont 5,29 millions de femelles). Le rapport a également fait état de 9,4 millions de naissances, portant à près de 14 millions le nombre de femelles âgées de plus d’un an, constituant ainsi un noyau reproductif jugé solide par les autorités.
Un élément déterminant a également pesé dans la balance : l’annulation exceptionnelle du sacrifice de l’Aïd al-Adha en 2025. Cette mesure, inédite dans l’histoire récente du Royaume, a permis de préserver environ 3 millions de femelles destinées à la reproduction ainsi que 3,5 millions de mâles initialement orientés vers l’approvisionnement en viande. Elle a offert un répit bienvenu à un secteur confronté depuis des années à une pression croissante, due notamment à la flambée des prix des aliments du bétail et à la hausse générale des coûts de production.
La levée de l’interdiction marque donc un tournant. En mars dernier, le ministère avait décidé d’interdire l’abattage des femelles pour enrayer un recul inquiétant : le cheptel ovin et caprin avait perdu près de 38 % de ses effectifs par rapport à 2016, conséquence directe de la crise alimentaire et de la réduction forcée des troupeaux par de nombreux éleveurs. Cette interdiction, initialement prévue jusqu’en mars 2026, devait permettre de préserver le capital reproductif et d’accompagner la reconstitution progressive du cheptel.
Aujourd’hui, les indicateurs rassurants du recensement, combinés aux effets positifs du report de l’Aïd, incitent le gouvernement à desserrer l’étau. L’abattage des femelles, sauf en cas de gestation, est de nouveau permis, répondant ainsi aux attentes des professionnels du secteur. Pour les éleveurs comme pour les abattoirs, cette décision ouvre la voie à une meilleure régulation des flux commerciaux et pourrait contribuer à stabiliser un marché de la viande soumis à de fortes tensions.
Si la mesure est accueillie favorablement, elle rappelle néanmoins la fragilité de l’équilibre entre préservation des ressources animales et besoins économiques immédiats. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l’impact réel de cette ouverture et la capacité du cheptel national à se renforcer durablement.



